Les villes françaises divisées sur la verdure des rues « sauvages »

Les partisans disent que cela enseigne le respect de la biodiversité

De la verdure a été laissée en place et donne de l’ombre rue de Lorraine à Montpellier

Un fossé grandissant apparaît quant à la quantité de végétation sauvage qui devrait être autorisée à pousser dans les espaces publics, alors que les conseils locaux équilibrent l’atténuation de la canicule avec les préoccupations d’accessibilité et d’esthétique.

À Bordeaux, la municipalité, dirigée par le maire Thomas Cazenave, a lancé un programme de nettoyage visant à éliminer les plantes poussant dans les fissures des trottoirs et le long des sentiers, craignant que la végétation envahissante puisse gêner les piétons, en particulier ceux à mobilité réduite.

Des équipes municipales ont été déployées dans environ 80 rues identifiées comme fortement envahies par la végétation afin de restaurer des espaces publics plus clairs et mieux entretenus.

Le nettoyage marque un changement clair par rapport à l’approche précédente menée par les Verts, qui avait permis la croissance des plantes dans le cadre d’une stratégie écologique. D’anciens responsables ont défendu cette politique en la qualifiant de « croissance naturelle contrôlée plutôt que de négligence ».

Pas de désherbage

Le débat dépasse Bordeaux. A Montpellier, les élus et les riverains adoptent une approche différente, le quartier Méditerranée étant désigné premier « quartier » de la ville.Quartier sauvage‘.

Plate-bande surélevée installée à Montpellier dans le cadre d’un projet de végétalisation

L’initiative est menée par l’Association des résidents de Mare Nostrum en partenariat avec le réseau Tela Botanica et la mairie.

Dans le cadre de ce projet, les travaux d’entretien de routine tels que le désherbage et la tonte ont été suspendus dans plusieurs rues.

Les résidents sont plutôt encouragés à participer à Sauvages de ma rue, un programme de science citoyenne qui favorise l’identification et l’enregistrement des plantes sauvages poussant dans les milieux urbains quotidiens, y compris les trottoirs, au pied des arbres et sur les murs.

Les partisans soutiennent que cette approche permet aux villes de mieux comprendre la biodiversité urbaine tout en encourageant une attitude plus tolérante à l’égard de la végétation spontanée dans les espaces publics.

Les experts affirment que ce problème plus large devient de plus en plus urgent à mesure que la France est confrontée à des vagues de chaleur et à des périodes de sécheresse plus fréquentes. La végétation urbaine peut contribuer à rafraîchir les villes, à absorber l’eau de pluie et à améliorer la qualité de l’air.

Mais cela soulève également des questions sur les coûts d’entretien, la sécurité ainsi que le rôle et l’apparence des espaces publics.

Parterre de fleurs circulaire avec fleurs sauvages et un petit arbre à côté d'un trottoir.

Les variétés de plantes locales se révèlent robustes même dans les villes

Ludovic Provost, responsable des communications chez Plante & Cité, un organisme de recherche et d’expérimentation créé il y a 20 ans pour aborder les questions liées aux espaces verts et à l’aménagement paysager urbain, affirme que le problème n’est pas nouveau pour le nombre croissant d’urbanistes et de scientifiques travaillant sur des projets similaires.

« Depuis notre création, nous fédérons collectivités territoriales, entreprises, chercheurs et organismes de formation, tous avec l’objectif commun de faire progresser les pratiques de gestion de la nature urbaine », a déclaré M. Provost.

Il a indiqué qu’il y avait désormais 800 organisations membres, dont 250 autorités locales, travaillant vers le même objectif.

 » L’intégration de la flore spontanée en milieu urbain est une problématique récurrente. Nous avons mené des études sur l’acceptation par le public de la flore urbaine, les bonnes pratiques de désherbage et de gestion écologique dans le cadre du plan national Ecophyto depuis 2008.

Chaque année, nous menons une trentaine d’études et publions des guides et outils techniques pour mieux accompagner les professionnels. La publication Better Integrating Spontaneous Flora in Cities, publiée en 2015, résume une partie de ces travaux.

M. Provost ajoute que les villes ont encore du mal à gérer le côté pratique des politiques de nature urbaine : « Le choix des espèces végétales en milieu urbain, en réponse aux enjeux de biodiversité et d’adaptation au climat, soulève de nombreuses questions chez les gestionnaires du territoire. C’est un sujet sur lequel nous menons de nombreuses études », a-t-il ajouté.

Les groupes de personnes handicapées ont averti que les initiatives en faveur de la biodiversité ne devraient pas compromettre l’accessibilité.

L’APF France handicap estime que « sur le terrain, l’inaccessibilité reste la norme », tandis que l’association piétonne 60 Millions de Piétons a prévenu que pour les personnes handicapées, circuler dans l’espace public est « encore un parcours du combattant », citant des trottoirs « trop ​​étroits, morcelés et encombrés d’obstacles ».

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