Une ancienne base militaire inspirée des villes américaines est une curiosité française préservée

« Considérez-la comme la première banlieue française construite aux États-Unis », déclare Bruno Mascle, auteur de 1951-1967Les Américains à Châteauroux (2017; La Bouinotte Éditions).

À seulement six kilomètres au nord, à Brassioux, une banlieue de 350 logements à Déols (Indre), se trouve M. Mascle, journaliste à la retraite qui a travaillé 40 ans pendant La Nouvelle République à Châteauroux, a acheté une maison en 2009.

D’un côté, il reflète la banlieue française standard des années 1970 et 1980, avec ses maisons de campagne à deux étages ; de l’autre, la scène change : maisons de plain-pied avec portes moustiquaires, larges cours avant, toits à faible pente, garages attenants, plans d’étage standardisés et rues se transformant en impasses.

Ce n’est pas une coïncidence : Brassioux s’est inspiré de Lakewood et de Panorama City, la quintessence des banlieues planifiées d’après-guerre de l’Amérique des années 1950.

Avant Brassioux, il n’existait qu’une seule ferme sur des terrains marécageux. Construit en 1957 pour loger les officiers de l’US Air Force stationnés à proximité de la base aérienne 103 de Châteauroux-Déols, il a vu le jour à l’époque du plan Marshall, lorsque les investissements américains remodelaient l’Europe.

Châteauroux dans les années 1950 manquait de soins de santé publics, d’électricité et d’eau courante. Brassioux, financé par l’OTAN et le gouvernement américain, était son antithèse : une banlieue à l’emporte-pièce avec des maisons uniformes de style ranch, des garages attenants, des rues courbes et des constructions préfabriquées. « Les Américains sont venus ici comme les rois de la colline », explique Mascle.

Les maisons disposaient d’un chauffage au sol et d’un accès illimité au fioul et à l’électricité. Les intérieurs mettaient l’accent sur le côté pratique, avec des rangements intégrés, des cuisines modernes et deux à trois salles de bains.

À la base aérienne de La Martinerie, les troupes bénéficient d’équipements ultramodernes : un hôpital de 600 lits, deux cinémas, des terrains de football et de baseball, un bowling, un golf de neuf trous et une caserne de pompiers. Ils faisaient leurs courses au PX, un supermarché vendant des réfrigérateurs, des radios et des téléviseurs – du luxe à l’époque.

« De même, considérez qu’ils ont amené le premier supermarché en France », ajoute-t-il.

À son apogée, plus de 14 000 GI étaient stationnés à Châteauroux et ses environs, employant jusqu’à 400 Français.

Tous les habitants n’étaient pas séduits par les nouveaux résidents

Le projet de Brassioux : des aménagements centrés sur la voiture, des logements standardisés et des équipements autonomes, préfiguraient le modèle français banlieue pavillonnaire explosion. Au début des années 1970, plus de 40 aménagements de style Levitt parsemaient le paysage de la banlieue parisienne, écrit l’historienne urbaine Marie Cartier dans La France des « petits-moyens » (2008), marquant un changement par rapport à grands ensembles aux maisons unifamiliales.

Les derniers Américains sont partis en décembre 1967, suite à la décision prise par De Gaulle en 1966 de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN. Une cérémonie d’adieu le 23 mars 1967 marque leur sortie. Des familles françaises prennent le relais, achètent les maisons et les adaptent progressivement. Les noms de rues originaux – Texas Drive, Ohio Drive, Nevada Avenue – sont devenus allée des Anémones, Avenue des Capucines et allée des Primevères. Les cours avant ouvertes, typiquement américaines, étaient entourées de haies de troènes, délimitant l’espace.

« La Cité de Brassioux reste une étrange enclave, un archipel exilé au Champagne berrichonne campagne, à seulement cinq kilomètres de l’agglomération », écrit PSS-archi, plateforme collaborative dédiée à l’architecture, à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire.

Pourtant, Brassioux ne s’est jamais complètement débarrassé de son identité.

« Il y a un peu »supplément d’âme« , insiste Mascle – avec une touche d’âme supplémentaire. « Cela reste une région américaine. »

L’US Museum de Châteauroux, géré par l’association Châteauroux c’était l’Amérique, conserve des vestiges de l’époque : des Cadillac, des disques de jazz et les premiers hamburgers cuisinés sur le sol français. A proximité, le bâtiment Saint-Cyran, tour de 13 étages construite pour les généraux de l’OTAN, domine toujours la ville, tandis que le Flamme de l’Amitié (Flamme de l’amitié), allumée en 2010, rend hommage au lien transatlantique.

Le Collège La Fayette, à l’origine Collège Touvent, construit par des Américains entre 1951 et 1967, a été rebaptisé en 2017 pour le 50e anniversaire de la fermeture de la base.


Au sommet de la ville, 14 000 GI étaient stationnés ici

Depuis 2025, le festival annuel Brassioux American Days perpétue l’esprit avec des chapeaux de cowboy, des taureaux mécaniques et la nostalgie des années 1950.

En mars 2026, Mascle s’est présenté pour le départementales élections sur un programme de « revitalisation du commerce local ».

Pour Brassioux, il s’agissait de redonner vie au cœur commercial du quartier : « Il ne reste plus qu’une petite épicerie et une pharmacie. Ce qu’on aurait voulu, c’était un bureau de tabac et un marchand de journaux. Il aurait fallu un coiffeur et un boulanger. »

Il a perdu avec 48,47% des voix.

Son lien avec Brassioux transcende cependant la politique. Enfant, il a grandi à Chennevières, petit village d’Eure-et-Loir au bord de la D939, où l’US Air Force était stationnée de 1953 à 1967. « Mon panier était plein de jouets américains », se souvient-il.

«J’ai grandi avec une batte de baseball qui traînait partout où j’allais dans la maison.»

En 2009, il achète une maison à Brassioux et fait don d’une partie de la cuisine à l’US Museum. « Quand je jardinais, j’ai trouvé des Lincoln. »

Les pièces de monnaie, reliques de son enfance, refont surface dans le sol, le liant littéralement au lieu.

«On ne s’installe pas à Brassioux par hasard», précise-t-il. « On ne se remet jamais de son enfance. C’est un héritage familial. »

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