Un psychanalyste, un cadavre et Paris comme manoir du crime : Jodie Foster revient dans un film 'Cluedo'

Un psychanalyste, un cadavre et Paris comme manoir du crime : Jodie Foster revient dans un film ‘Cluedo’

Le film de la réalisatrice française Rebecca Zlotowski ramène Jodie Foster sur grand écran, dans une magnifique performance capable de filer une bizarre comédie psychanalytique. Film « Cluedo », sa structure labyrinthique n’a peut-être pas de solutions, mais il ne perd jamais son intérêt.

Peu avant sa mort, Orson Welles avait déclaré au réalisateur Henry Jaglom que la France était « le pays ».seul pays » où d’anciens acteurs pourraient devenir des têtes d’affiche. Il ne mentait pas et ces dernières années, le pays français s’est révélé être un cimetière d’éléphants, de pachydermes brillants aux cheveux argentés, dans une industrie qui, à sa genèse, était par et pour les jeunes.



Jodie Foster, qui se concentre depuis des années sur son rôle de cinéaste, a filmé un épisode familial de Miroir noir-, est désormais la tête d’affiche de cette pièce complexe qui a pour point de départ le nœud narratif que représente pour un psychanalyste le suicide d’un patient. Ou était-ce un meurtre ? Difficile à dire, surtout dans une critique, où le respect scrupuleux du critique envers le lecteur le conduit au frein moral de ne pas raconter l’intrigue.

Autant dire que le défunt, issu d’une saga juive en France – il y a une intrigue antisémite voilée tout au long du film – cache bien plus de choses qu’il n’y paraît. Son reflet, la psychanalyste, est aussi un écheveau tissé de nombreuses névroses et celles-ci cachent certains renoncements familiaux, outre quelques scrupules dans la pratique psychiatrique.

Cette intrigue, qui devient un remake plutôt malveillant de Meurtre mystérieux à Manhattan de Woody Allen, de par son ton et sa bande-son grandiloquente, c’est une comédie très noire et noire qui induit le spectateur en erreur par ses touches de mélodrame. Le médecin avait-il l’intention de racheter sa culpabilité pour la mort de son client ? Ou peut-être qu’il était amoureux d’elle ? Il y a en effet un phénomène notable et très ambigu :« bollodrame » qui est évoqué à travers un rêve cauchemardesque en pleine occupation française par l’Allemagne nazie.

Derrière ces torts défile tout le grand cinéma français récent : l’ex-mari incarné par Daniel Auteuil – qu’on a déjà vu dans un film similaire de Haneke Cache-, Irène Jacob de profil et le toujours génial Mathieu Amalric en veuf mécontent. Paris, dans ce Vie privéese transforme ainsi en une immense demeure du crime où tous les stratagèmes sont possibles. Cette structure de Cluedo Cela ne ressemble jamais à un feuilleton puisque chacun cache des émotions derrière ses dominos, accompagnées de magnifiques dialogues.

Impossible, en perspective, de ne pas répéter dans cette revue le prodigieux arc interprétatif de Jodie Foster, qui rend crédible un rôle très difficile et dans un langage qui n’est pas le sien. Peut-être que cet excès de présence à l’écran, qui atteint une maîtrise exceptionnelle de ses tics et typiques des grands mimes, réduit trop les autres personnages. Ceux-ci sont parfois aussi importants que le protagoniste (comme Amalric est magnifique, qui en seulement trois séquences vole presque l’âme de Foster).

Œuvre remarquable de maturité de Rebecca Zlotowski, experte en mélodrames surréalistes, le seul reproche à ce film est que parfois le labyrinthe du psychanalyste ne semble pas avoir d’issue. Les rêves oniriques précités n’y contribuent pas non plus, teintés d’une comédie qui ne plaira pas à ceux qui croient à l’évangile de Freud sur la nouvelle genèse. En revanche, chaque rebondissement, chaque découverte, chaque blague très noire – le film tient d’une conversation familiale sur les rêves qui rivalise avec la grande comédie juive new-yorkaise – tient le spectateur en haleine grâce à un montage exceptionnel et une photographie d’un Paris hostile, aux couleurs froides, prise par George Lechaptois.

A la fin des dernières séquences, structure circulaire typique des bons scénarios, le spectateur peut se regarder dans la caméra frontale du téléphone portable et découvrir qu’il s’est transformé en le même psychanalyste en crise. Peu d’éloges peuvent être plus grands pour une œuvre que pour que l’histoire de quelqu’un d’autre devienne la sienne.





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