Rétablir la monarchie française n’a aucun sens
Commentaire
Le chroniqueur Nick Inman dénonce une illusion de droite
La Ve République serait chancelante. Plutôt que de créer une VIe République, la droite a une meilleure idée : reconduire un roi. La monarchie constitutionnelle fonctionne au Royaume-Uni, disent-ils, pourquoi pas en France ?
Quiconque est favorable au rétablissement de la monarchie après 156 ans d’absence souffre d’une triple illusion.
Ils ne comprennent pas le sens de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ; ils sont mal informés sur l’histoire du pays ; et ils comprennent mal la nature de la monarchie en Grande-Bretagne.
Il y a une bonne raison pour laquelle il n’y a pas eu de roi ou de reine de France dans les temps modernes : toute tentative de monarchie s’est soldée par un désastre.
La dynastie française des Bourbons serait encore parmi nous si Louis XVI avait conclu un pacte avec son peuple, comme l’avait fait Guillaume d’Orange avec ses nouveaux sujets anglais cent ans avant lui.
Au lieu de cela, il a nié la nécessité de réformes et a tenté de fuir le pays, se présentant comme un réactionnaire intransigeant et le conduisant à la guillotine.
Le trône aurait dû revenir à Louis XVII après l’exécution de son père et de sa mère, mais la république n’avait pas besoin de lui et il mourut en 1795 sans être couronné.
Napoléon Bonaparte n’avait aucun droit divin de gouverner, mais il s’est quand même couronné empereur en 1804. Il a été contraint d’abdiquer à deux reprises, ne parvenant pas à établir son fils de quatre ans à sa place et à fonder ainsi une dynastie. Junior (Napoléon II) n’occupa ce poste que deux semaines en 1815.
Vint ensuite Louis XVIII qui dut être rétabli sur le trône à deux reprises.
Son successeur, Charles X, dernier roi Bourbon de France, a encore une fois gâché les choses. Il s’est déclaré souverain absolu, de droit divin, et a méprisé l’idée de monarchie constitutionnelle.
Après son abdication, il fut obligé de s’exiler pour la deuxième fois de sa vie, pour être remplacé par le « roi citoyen » Louis Philippe qui se rendit – ainsi que l’institution de la monarchie – si profondément impopulaire qu’il fut contraint de fuir en Angleterre sous le nom d’emprunt de « M. Smith ». Voilà pour la majesté.
Ensuite, Louis Napoléon a mis la Deuxième République à l’écart pour devenir l’empereur Napoléon III, mais il s’est avéré l’échec royal le plus spectaculaire de tous.
Il fut ignominieusement vaincu lors de la guerre franco-prussienne et, une fois de plus, traversa la Manche en bateau pour mourir dans le Kent.
Les prétendants Bourbon restants ont réalisé que le jeu était terminé et que la France est depuis lors une république.
Quand quelqu’un dit que la France a été une monarchie pendant la majeure partie de son histoire, du Moyen Âge à 1870, il néglige commodément le chaos des 80 dernières années de l’institution et de deux républiques.
Toute comparaison avec le Royaume-Uni est erronée. La famille royale britannique a survécu en grande partie parce que personne n’a réussi à rédiger une constitution reconnaissant la souveraineté populaire (plutôt que royale) ; l’égalité de tous les citoyens ; et des droits civiques inaliénables.
Quel Français, vous demanderez-vous peut-être, serait prêt à sacrifier tout ou partie de ces attributs pour qu’un type chic les domine simplement à cause de sa généalogie ?
« Ah », soupirent les royalistes, « avoir un monarque en France serait tellement mieux que le désordre politique actuel dans lequel le chef de l’Etat se salit de politique ».
Ils auraient peut-être raison s’ils parvenaient à concevoir une forme de monarchie minimale, ultra-discrète, entièrement symbolique, politiquement impuissante, non controversée et acceptable pour les personnes rationnelles.
Le problème est que la monarchie, de par sa nature, tend à être le contraire de toutes ces choses.
Ce que veulent vraiment les royalistes, je suppose, c’est un autre type de président. C’est une conversation qui en vaut la peine, mais ils devront d’abord abandonner la nostalgie et les mythes qui les empêchent de voir que le républicanisme est la forme la moins mauvaise d’organisation étatique.
