Pourquoi les dolines continuent d’apparaître en Normandie

Le besoin des agriculteurs en engrais minéraux laisse un héritage dangereux

UN marnière à Marcilly-la-Campagne en 2022

Des cas récents de gouffres en Normandie ont une fois de plus mis en évidence le dangereux héritage des agriculteurs qui exploitaient autrefois la région pour obtenir des engrais minéraux.

Cette pratique – un aspect peu connu de la révolution agricole française de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1880 – a exposé certaines zones à un risque sérieux d’apparition de dolines sans avertissement, souvent dans les jardins et sous les maisons.

L’engrais minéral s’appelle Marneet est une forme d’argile crayeuse mélangée à du sable, qui peut être facilement décomposée pour être épandue sur les champs.

Marnes était souvent trouvé relativement près de la surface en couches épaisses dans tout le nord de la France, et notamment en Seine-Maritime. Les rendements du blé et d’autres céréales se sont considérablement améliorés lorsqu’ils étaient utilisés comme couche de finition.

Les agriculteurs, conscients qu’ils disposaient d’une source gratuite d’engrais sous leurs pieds, ont commencé à l’extraire soit par des mines à ciel ouvert, soit en creusant des puits dans la couche marne et en l’excavant, laissant de profondes cavités.

Un gouffre à Beuzeville en 2019

Une taxe a été imposée sur ces marnières (craies) dans les années 1850, ce qui a conduit de nombreux agriculteurs à ne pas déclarer leurs activités.

Lorsque l’exploitation minière s’est arrêtée, soit parce que la couche marne était épuisée, soit parce que les agriculteurs ont opté pour des engrais chimiques, ils ont soit marqué le puits, souvent avec un arbre, soit l’ont comblé, laissant une cavité.

Ce sont ces cavités souvent oubliées qui peuvent s’effondrer et entraîner la formation de dolines.

Le temps humide augmente le risque

Le risque augmente pendant les hivers humides. Lors d’un incident dramatique survenu en 2002, une maison entière a soudainement glissé dans un gouffre provoqué par l’effondrement d’une marnière à Rouen.

Des cas récents ont encore une fois mis en lumière le problème. Plus tôt cette année, France 3 a décrit comment un propriétaire de la commune de Grigneuseville, au nord de Rouen, a découvert inopinément un trou de trois mètres de diamètre et huit mètres de profondeur à côté de son potager.

Lorsqu’il a signalé le problème à la mairie, il a été constaté que la cavité initiale s’étendait sous la route, à l’extérieur de sa maison. La route a ensuite été fermée et le propriétaire a été contraint de quitter sa propriété jusqu’à ce que le problème soit résolu.

En France, les propriétaires sont responsables du sous-sol situé sous leur propriété. Cela signifie que le coût du comblement du trou, estimé à 15 000 €, a été supporté par le propriétaire et son assurance habitation.

« Les assureurs disent qu’ils honoreront la réclamation, mais je devrai quand même payer 3 000 €, soit 20 % du coût du comblement du trou », avait-il alors déclaré.

Le maire du village a déclaré que la maison avait été construite il y a 40 ans sur un champ autrefois utilisé comme pâturage pour le bétail, et que personne à l’époque ne soupçonnait l’existence d’un marnière en dessous.

Un cas similaire s’est produit en 2025 dans la commune de Rouville, également en Seine-Maritime.

Le propriétaire d’une longère normande restaurée a découvert que la propriété était en péril en raison d’un marnière après qu’un acheteur ait signé le promesse de vente.

S’il n’est pas légal de déclarer les risques de dolines avant la vente, dans ce cas le notaire a été informé de manière indépendante par la mairie. Les investigations ont permis d’identifier deux puits profonds sur la propriété, avec des cavités restant à 30 mètres sous la surface.

La vente a été annulée et le propriétaire a dû dépenser 30 000 € en études géologiques pour déterminer l’étendue du problème, avant de faire face à une facture estimée à 150 000 € pour sécuriser les cavités.

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