Brigitte Macron huée à son arrivée aux funérailles de la chanteuse Françoise Hardy

L'Europe de Télémaque, dix ans après

Il y a dix ans à peine, au début de la législature du Parlement européen en 2014 (la première avec un poids notable d'antieuropéanisme rampant, assaisonné de toutes les garnitures imaginables), le Premier ministre de l'époque Matteo Renzi a commencé l'actuelle présidence du Conseil de l'UE par un discours vibrant et plein de références littéraires : « Nous sommes la génération Télémaque » a déclaré Renzi presque à la fin. « Ulises C'est le grand personnage qui encourage et excite, mais personne ne parle de Télémaque… et sa tâche est encore plus ardue : être digne de l'héritage. »

Cet appel à L'Odyssée Cela m'a fait réfléchir et écrire à ce sujet. Renzi, incarnation florentine des puissants nouveaux hommes politiques d'une quarantaine d'années, apparaît ainsi comme le symbole et le protagoniste d'une nouvelle catégorie quasi mythologique : celle des enfants fatigués d'attendre le retour de leur père, ainsi justifiés dans leur caractère inattaquable. élan d'expulsion. L'absence et l'attente, l'impatience du jeune homme désireux de prendre les rênes de son héritage différé, las de ne pas être pris au sérieux par les prétendants désireux de prendre la place d'Ulysse… teintée de qualités mythiques la raison du tournant ou génération de remplacement. Je me demandais alors si cette raison suffisait pour remplacer sans appel une génération d'Ulysse (disons le Junckersoit Schultzsoit Barrososoit Van Rompuy… soit Merkelsoit Rajoy) par une génération de Télémaques (ceux Renzi, ou Tsiprassoit Riverasoit Des églises… soit Cameron).

Dans ce contexte homérique, un trentenaire et brillant Emmanuel Macron Il a été nommé ministre de l’Économie, de la Relance productive et du Numérique. Deux ans plus tard, il lance son mouvement politique centriste En Marche ! et il a démissionné de son poste de ministre pour se consacrer au parti et, après avoir été candidat aux élections présidentielles de 2017 et avoir remporté ce qui semblait imparable Marine Le PenA 39 ans, il devient le plus jeune chef d'État de l'histoire de France depuis Napoléon Bonaparte.

Réélu en 2022 après avoir de nouveau battu Le Pen, son mandat au cours des sept dernières années (« années de chien », comme dirait Marta García Aller) a eu une odyssée bien particulière : terrorisme sauvage, réfugiés, crise économique, explosion de crise sociale. , guerre en Ukraine, conflits en Afrique, cabinets autodestructeurs… jusqu'à conduire à une convocation anticipée d'élections législatives (évidemment suicidaires) après l'effondrement électoral des élections européennes de juin. Avec les JO à l'horizon, le tout jeune Dauphin de Le Pen sonnant le cor de la victoire et un Nouveau Front populaire de gauche débordé se sont amalgamés à la plus grande gloire du septuagénaire. Mélenchon.

Les Français sont tellement français qu'ils ne prennent même pas la peine de cacher leur déception à l'égard de la France. La faute est toujours aux autres : les impôts, l’inflation, l’immigration, la fuite des entreprises…

Et dans cette dernière décennie, s’est cristallisé en France un état d’esprit qui a fini par briser son chauvinisme légendaire. La France était vouée à la fragmentation, politique et sociale. Notre pays voisin est plongé dans un pessimisme qui pèse sur lui comme une pierre, avec le désespoir typique d'un homme noir. conception du monde (soit vision du monde), exacerbée par une mondialisation médiatique qui renforce l’apitoiement sur soi et l’indignation. Les Français sont tellement français qu'ils ne prennent même pas la peine de cacher leur déception à l'égard de la France. La faute est toujours aux autres : les impôts, l'inflation, l'immigration, la fuite des entreprises… Macron, avec ses succès et ses erreurs, n'a pas réussi à arrêter ce processus, mais il a a maintenu la France au premier rang. Qu’aurait-ce été avec Le Pen comme présidente depuis 2017 ? Nous ne saurons jamais. Mais la vérité est que, lorsque Macron a annoncé des élections anticipées, une écrasante majorité de Français a déclaré qu'ils se sentaient fatigue, colère, tristesse et peur. Et ils ont voté le 30. Et ces votes montrent qu’ils ne veulent pas de liberté, ils veulent de la protection. Ils ne veulent pas qu’on leur parle davantage comme des adultes, qu’on les engage dans un projet de prospérité et de leadership européen : ils sont fatigués, ils veulent la berceuse qui calme les enfants, ces slogans comme des chants, que fredonnent toujours les radicaux des deux signes.

Et écoutez : comme la gauche espagnole est féroce envers Macron. Comment ils sont passés (littéralement et métaphoriquement) du bécotage à la récupération vorace du héros déchu. On lui reproche tout : de ne pas avoir stoppé l'ascension de Le Pen (bien qu'elle l'ait battue à deux reprises aux urnes alors qu'il croyait déjà avoir une voie claire vers la présidence), de ne pas avoir résolu les problèmes de gauche et de droite depuis le centre. (comme si telle était sa fonction), jusqu'à la fin de la Ve République ou les valeurs de la Révolution. Rien de moins.

La poésie préférée de Macron

Pendant ce temps, les voiles se rassemblent, des centaines de candidats disparaissent pour concentrer les options au second tour. Le compte à rebours vers une cohabitation impossible est lancé.

Les chroniqueurs gaulois disent que deux des livres préférés d'Emmanuel Macron sont Une saison en enferde Rimbaudet Les fleurs du Malde Baudelaireet qui sait réciter ses poèmes par cœur.

Eh bien, laissez-moi vous dire : je parierais que L'Odyssée est au sommet de Brigitte. Et je parierais, comme j'ai toujours parié, sur la résistance des Pénélope. Pour la clarté et la détermination d’entreprendre des changements quotidiens, pratiques et substantiels. Pour exercer cette citoyenneté adulte qui est la seule manière de maintenir et de refonder l'héritage de notre projet européen commun.

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