Les îles Canaries comparaîtront contre la mafia qui trafiquait les filles des centres menas vers la France
Le gouvernement des Îles Canaries a annoncé qu’il comparaîtrait en tant que procureur privé dans l’enquête sur un réseau international dédié au trafic de mineurs, axé sur les filles, depuis les îles vers la France. L’opération, baptisée Tritón, a permis à la police nationale de démanteler l’organisation et d’arrêter 11 personnes : neuf à Lanzarote, une à Madrid et une autre à Las Palmas de Gran Canaria. Quatre des personnes arrêtées ont été placées en détention provisoire pour organisation criminelle, falsification de documents, atteinte aux droits et devoirs familiaux, recel et pédopornographie.
Le cinquième rapport de la Commission européenne de 2025 sur la lutte contre la traite des êtres humains note que « sur la période 2021-2022, 65 % de toutes les victimes de traite dans l’UE étaient des femmes et des filles » et que « la grande majorité des victimes d’exploitation sexuelle sont des femmes (92 %) » où « 68 % sont des femmes et 24 % des filles » puisque « les hommes représentent la majorité des victimes de traite à des fins d’exploitation économique (70 %) ».
La méthode la plus courante de recrutement de jeunes femmes et de filles à des fins d’exploitation sexuelle était la méthode des « lover boy ». Selon Europol, « les trafiquants entretiennent souvent des relations amoureuses en ligne, créent une dépendance émotionnelle et incitent les victimes à l’exploitation. La plupart des États membres et Europol ont confirmé le rôle prédominant des réseaux sociaux, en particulier des applications de rencontres, des sites d’escorte et des sites pour adultes, dans le recrutement à des fins d’exploitation sexuelle. »
Avec les éléments connus du cas des Canaries, le scénario le plus probable, selon les typologies d’Europol, Frontex et Eurojust, est que les filles soient destinées à des réseaux d’exploitation sexuelle en France ou en Belgique. Un scénario alternatif probable serait sa revente à des réseaux de mendicité ou de l’économie informelle, principalement à Paris ou à Marseille.
La possibilité la moins probable est qu’ils aient retrouvé des parents royaux déjà installés en Europe. Globalement, le comportement du réseau démantelé aux îles Canaries coïncide davantage avec une structure de trafic de mineurs qu’avec un simple trafic migratoire.
Il y a un Mauritanien détenu
Les mineures concernées sont 12 filles arrivées aux îles Canaries par bateau et qui ont été prises en charge par les centres pour mineurs d’Arrecife et de San Bartolomé de Tirajana entre novembre 2024 et mai 2025. On sait que ces filles ont été transférées en France à travers le réseau criminel, grâce à des contacts et une logistique au Maroc, en Côte d’Ivoire et en Espagne. La confirmation est venue lorsqu’une des mineures a contacté son centre pour rassurer les responsables sur sa situation.
Le Gouvernement des Îles Canaries, par l’intermédiaire de la Ministre des Mineurs, Candelaria Delgado, a souligné que les actions de l’archipel sont essentielles pour protéger les filles sous sa tutelle : « Nous mettons toutes les informations à la disposition des autorités pour qu’une enquête sur un éventuel trafic de mineurs puisse être menée. Nous sommes désormais impliqués dans la procédure pour garantir que les droits des filles soient respectés et que les responsables répondent à la justice.
Faux documents
L’enquête a commencé après la détection de la disparition des mineurs et s’est intensifiée lorsque, en mai 2025, trois filles ont été interceptées à l’aéroport de Lanzarote accompagnées d’un adulte mauritanien qui avait l’intention de les emmener à Madrid sans autorisation ni documents valides. Après l’arrestation de l’adulte et de l’un des mineurs majeurs, les enquêteurs ont découvert la structure transnationale du réseau.
Lors des perquisitions effectuées à Lanzarote, des documents, des appareils électroniques, de l’argent liquide et d’autres effets personnels ont été saisis. Le réseau disposait d’une logistique parfaitement organisée : coordination du passage irrégulier de la frontière depuis le Maroc, falsification de papiers en Côte d’Ivoire et hébergement temporaire en Espagne pour finalement transférer les filles en France.
