Les conséquences des incendies de forêt en Gironde stimulent le débat sur la prévention des incendies de forêt

Un débat de longue date sur la meilleure façon dont la France devrait lutter contre les incendies de forêt et sur la question de savoir si davantage d’argent devrait être consacré à la prévention a repris après le pire incendie que la Gironde ait connu depuis 1949.

L’argument refait surface après presque chaque incendie majeur.

Sa voix la plus tenace fut celle d’Haroun Tazieff, volcanologue nommé par François Mitterrand premier commissaire, puis secrétaire d’État français à la prévention des risques naturels majeurs, qu’il occupa de 1981 à 1986.

Il a soutenu à plusieurs reprises qu’une fois qu’un incendie atteint l’ampleur d’un méga-incendie sous des vents extrêmes, de la chaleur et de la sécheresse, les équipes de lutte contre les incendies et les bombardiers d’eau deviennent beaucoup moins efficaces.

Il est préférable de dépenser de l’argent dès le départ pour arrêter les incendies qui atteignent cette ampleur, a-t-il déclaré : par le débroussaillage, les coupe-feu, l’entretien des forêts et des règles plus strictes en matière de construction dans les zones boisées à risque.

En 1982, il a persuadé le gouvernement de financer des machines de débroussaillage pour les régions disposées à élaborer leurs propres plans de débroussaillage et il a répété le même argument tout au long des saisons d’incendie de 1984, 1985 et 1986, pointant à chaque fois un sous-financement de la prévention plutôt qu’une pénurie de matériel de lutte contre les incendies. Ses détracteurs ont déclaré qu’il avait sous-estimé les progrès réels dans les techniques de lutte contre les incendies et risquait de décourager toute intervention.

M. Tazieff a également fait valoir que la pression médiatique après les grands incendies a poussé les politiciens à annoncer de nouveaux avions et équipements, plutôt que de s’engager dans une prévention moins visible et à plus long terme.

Il a déclaré que des intérêts institutionnels et politiques bien ancrés favorisaient des budgets de lutte contre les incendies toujours plus importants plutôt que des investissements soutenus dans la gestion forestière.

Des décennies plus tard, la plupart des spécialistes décrivent les deux arguments comme complémentaires plutôt que concurrents : la prévention détermine si un incendie devient un méga-incendie, mais une intervention rapide et coordonnée reste essentielle pour détecter rapidement de nouveaux incendies.

Cet équilibre, et savoir si la France y parvient toujours, est exactement la question que la Gironde a ressuscitée.

Comment l’incendie de la Gironde a commencé

L’incendie a débuté le 22 juillet près de Saumoscommune limitrophe du Porge. Des entrepreneurs effectuaient du débroussaillage à proximité des lignes électriques du gestionnaire du réseau électrique Enedis lorsqu’un incendie s’est déclaré à proximité.

Des étincelles provenant de la coupeuse montée sur tracteur sont suspectées mais n’ont pas été confirmées comme étant la cause. Le procureur de Bordeaux a indiqué que l’incendie semblait s’être déclaré sur le chantier, tout en soulignant que les enquêteurs n’avaient constaté aucune infraction aux règles de sécurité.

Ce soir-là, les membres de l’association syndicale autorisée locale pour la défense des forêts contre l’incendie (DFCI), un organisme bénévole composé en grande partie de personnes travaillant dans ou possédant les forêts de pins, recommandaient qu’un coupe-feu soit brûlé avant les flammes.

Les membres de la DFCI peuvent assister les opérations de lutte contre l’incendie dans le cadre légal de leurs associations, mais une fois que les pompiers en prennent le commandement, ils doivent suivre sa structure opérationnelle.

Selon les habitants, le commandant de l’incident a refusé d’autoriser le brûlage. Une tentative a été faite vers minuit, mais le feu principal était alors trop intense et les flammes l’ont dépassé.

Certains rapports décrivent un échange plus houleux entre les membres du DFCI et le commandant de l’incident ce soir-là, y compris une menace d’expulser les membres du DFCI du site.

Réclamations sur les moyens de lutte contre l’incendie

Une autre affirmation, plus contestée, a également circulé : selon laquelle les ressources de lutte contre les incendies auraient été retirées du Porge pour protéger la péninsule du Cap Ferret, plus riche et plus touristique.

Marc Vermeulen, directeur du service d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33), a publiquement rejeté cette affirmation, affirmant que les moyens qui se sont déplacés vers le Cap Ferret et Lège étaient des médecins, des camions-citernes et du soutien médical, et non des engins de lutte contre l’incendie, et qu’aucun matériel de lutte contre l’incendie n’a été détourné.

Il a souligné que l’évacuation du Cap Ferret, qui concerne quelque 40 000 personnes sur une presqu’île dotée d’une seule route d’accès, était un problème d’une autre ampleur que celui auquel sont confrontés les quelque 3 500 habitants du Porge.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est rendu à deux reprises au Porge après l’incendie.

Parmi les mesures qu’il a promises figurait une aide pour les réclamations d’assurance, notamment en désignant les prestataires qui n’ont pas respecté leurs responsabilités.

Les incendies de forêt ne sont généralement pas couverts par l’assurance catastrophe naturelle en France.

Ils relèvent plutôt de la garantie incendie ordinaire dans tout contrat d’assurance multirisque habitation. – même si des exceptions existent.

Causes humaines et règles de débroussaillage

Les données gouvernementales pour 2024 montrent que là où la cause des incendies de forêt peut être identifiée, seulement 12 % étaient d’origine naturelle, tandis que 88 % étaient d’origine humaine, dont 31 % étaient d’origine criminelle ou criminelle.

L’incendie a ravivé un conflit de longue date entre les règles de prévention des incendies et la protection de l’environnement.

Les règles actuelles de débroussaillement imposent généralement le débroussaillage dans un rayon de 50 mètres autour des bâtiments dans les communes à risque, même lorsqu’il s’étend sur les terrains voisins.

Ces obligations cohabitent difficilement avec la protection environnementale des espèces nicheuses, une tension accentuée par un arrêt du Conseil d’État de février limitant le débroussaillage pendant la saison de nidification.

David Lisnard, président de l’Association des maires de France, a résumé la contradiction après avoir visité Pontevès, dans le Var, touché par l’incendie : le code forestier impose le débroussaillage tandis que le code de l’environnement le limite au nom des espèces protégées.

Il a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de véritable conflit entre la protection de la nature et la protection des personnes : « L’ennemi de la nature n’est ni le coupe-feu, ni le débroussaillage, ni les réserves d’eau.

« L’ennemi, c’est le feu. C’est le feu qui détruit les écosystèmes, dévaste les paysages et produit des particules fines et du monoxyde de carbone. »

M. Lisnard a également souligné les échecs de l’application des règles : 90 % des maisons détruites lors des récents incendies se trouvaient sur des terrains mal défrichés, et pourtant l’amende théorique de 50 euros par mètre carré en cas de non-respect est rarement appliquée.

Il a suggéré que les assureurs pourraient contribuer à combler l’écart en liant les primes et les franchises à la conformité.

Ampleur de l’incendie de la Gironde

L’incendie a finalement brûlé environ 420 km² à travers la Gironde, l’un des plus grands incendies à avoir frappé la région depuis l’incendie catastrophique des Landes/Gironde en 1949, dans lequel 82 personnes sont mortes, dont un maire local. Il s’est retrouvé coincé avec une vingtaine de pompiers et plusieurs volontaires lorsque le vent a tourné.

L’incendie de cette année a détruit quelque 240 maisons au total, dont 183 au Porge.

Plus de 220 000 personnes ont été évacuées, la fumée étant visible jusqu’à 60 km. Personne n’est mort mais plus de 330 pompiers ont été blessés lorsque l’incendie a été totalement maîtrisé.

Qu’est-ce qui vient ensuite ?

Le ministère de l’Intérieur, répondant aux critiques lors de l’incendie, a détaillé les moyens aériens déployés : 12 bombardiers d’eau Canadair, huit avions Dash, six avions Air Tractor et 12 hélicoptères bombardiers d’eau, complétés par des avions mis à disposition dans le cadre des dispositions de protection civile de l’UE.

Deux avions DHC-515 commandés en 2024 avec le soutien de l’UE sont attendus en 2028, et le gouvernement en a commandé deux autres en juin pour un coût de près de 200 millions d’euros, la flotte de la Sécurité civile devant passer de 12 à 16 Canadair d’ici 2032.

Cette expansion s’inscrit clairement dans le volet intervention du grand livre qui, selon M. Tazieff, il y a plus de 40 ans, était déjà surfavorisé.

Que l’argent dépensé après Gironde soit consacré de manière significative à la prévention qu’il a défendue, ou simplement à l’achat de davantage de matériel sur lequel il a mis en garde contre le fait de s’appuyer, sera probablement le véritable test pour savoir si ce débat a progressé.

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