Stockage de l’eau, pesticides : pourquoi le nouveau projet de loi agricole fait polémique
Un nouveau projet de loi agricole controversé mettant en œuvre un certain nombre de changements majeurs a été définitivement adopté suite à un vote du Sénat hier (21 juillet).
Les points notables incluent des changements dans le stockage de l’eau, la relégalisation de certains pesticides et des assouplissements sur la chasse au loup.
Le projet de loi d’urgence agricole (loi d’urgence agricole) a été promise à la suite de vastes manifestations d’agriculteurs fin 2025 et début 2026.
Il a été adopté par 296 voix contre 224 lors d’un débat très disputé au Parlement. Assemblée nationale le lundi (20 juillet).
Les députés de gauche ont voté massivement contre le projet de loi, mais celui-ci a été soutenu par l’extrême droite. Rassemblement Nationalainsi que des membres de la droite Les Républicains et environ les deux tiers de la faction centriste du gouvernement.
Les sénateurs ont approuvé mardi le projet de loi avec une majorité plus large de 214 voix contre 111, permettant son adoption définitive.
Le Sénat est à l’origine de certains des éléments les plus controversés du projet de loi, ajoutés via des amendements lors de lectures précédentes du texte.
Les membres du gouvernement Renaissance Ce parti, dont l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, a toutefois exprimé sa colère après que le gouvernement ait interdit sa capacité à déposer des amendements.
« Pourquoi… a-t-on dit que l’Assemblée pouvait prendre la décision finale sur cette question ? Et pourtant ce soir, sans explication de la part du gouvernement, nous apprenons que ce n’est pas le cas », a-t-il déclaré.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a remis ce matin sa démission suite au vote définitif du projet de loi, avant de faire marche arrière quelques heures plus tard.
Son bureau a confirmé à l’AFP qu’elle resterait à ce poste suite à l’intervention du président français Emmanuel Macron.
Ci-dessous, nous résumons les principaux points du projet de loi.
Droits des agriculteurs élargis pour le stockage et la gestion de l’eau
Revendication majeure des agriculteurs protestataires l’hiver dernier, le projet de loi vise à faciliter la construction d’installations de stockage d’eau pour les travailleurs agricoles et les entreprises, y compris dans les zones humides.
Le délai du processus de demande doit être considérablement réduit, notamment en réduisant les audiences publiques pendant la phase de planification de l’autorisation environnementale et en réduisant les indemnisations versées par les agriculteurs pour les projets dans les zones humides.
A terme, le projet de loi vise à doubler le volume d’eau stockée dans le secteur d’ici 2035.
Dans un contexte de sécheresse exceptionnelle, la plupart des régions de France étant soumises à des restrictions d’eau ou à des alertes.elle a suscité la colère et des arguments selon lesquels elle pourrait conduire à des « guerres de l’eau ».
« Ce projet de loi valide la monopolisation de l’eau par l’industrie agroalimentaire… Les tensions autour de l’utilisation de l’eau ne feront que s’intensifier », a déclaré Julien Rivoire, chargé de campagne pour l’agriculture à Greenpeace France. FranceInfo.
Outre l’augmentation du stockage, le projet de loi vise à accroître l’influence du secteur agricole sur la gestion de l’eau.
Davantage de représentants de l’industrie seront intégrés dans les organismes de gestion de l’eau, et le contrôle des agences de l’eau de l’État – qui relève actuellement du ministère de la Transition écologique – sera élargi aux ministères de l’Agriculture, de l’Économie, de la Santé et de l’Aménagement du territoire.
Cet amendement, ajouté au projet de loi au Sénat lors d’une lecture antérieure, a provoqué des frictions au sein du gouvernement.
« Ce qui me dérange, c’est que ce projet de loi, qui visait à répondre à une situation d’urgence pour nos agriculteurs…, a été modifié pour changer fondamentalement la politique de partage des ressources en eau dans notre pays », a déclaré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. La Tribune Dimanche.
Ces propos ont été tenus avant le vote du Sénat et avant que Mme Barbut ne remette sa démission.
Enfin, le projet de loi se concentre sur la protection des sources d’eau « prioritaires » contre la pollution, mais les militants craignent que cela ne rende d’autres sources d’eau plus vulnérables à la contamination.
Un amendement du Sénat au texte permet de suspendre une taxe sur les agriculteurs et les exploitations agricoles utilisant certains pesticides, qui est versée directement aux agences de l’eau pour lutter contre la pollution.
Réintroduction de deux pesticides interdits
Un autre élément controversé du projet de loi est la réintroduction de deux pesticides actuellement interdits en France, l’acétamipride et la flupyradifurone.
Une utilisation plus large des pesticides reste interdite, mais la loi autorise l’agence de santé française Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) de les autoriser pour certains sous-secteurs agricoles pour une durée limitée.
Cela inclut par exemple les producteurs de noisettes, qui affirment que l’interdiction a conduit à de mauvaises récoltes généralisées.
La relégalisation de l’acétamipride – un insecticide contenant des néonicotinoïdes – a été incluse dans la loi Duplomb de 2025, un autre projet de loi agricole, mais a été annulée par la France. Conseil constitutionnel et supprimé du texte final.
Les partisans de l’utilisation de cet insecticide soulignent que la France est le seul pays de l’UE à interdire ce pesticide.
Cependant, l’UE réévalue régulièrement l’utilisation des pesticides, la période réglementaire actuelle pour l’acétamipride se terminant en 2033.
De plus en plus de preuves contre l’acétamipride, citant ses effets sur les populations d’abeilles et son potentiel cancérigène pour l’homme, signifient que l’UE devrait l’interdire lors de la prochaine évaluation.
Les députés de gauche ont indiqué que plusieurs sociétés médicales avaient demandé le maintien de l’interdiction.
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard soutient la réintroduction partielle des pesticides – et le projet de loi dans son ensemble.
« L’acétamipride n’a pas été réintégré dans ce texte », a-t-elle déclaré à propos du projet de loi à l’issue du vote de lundi.
« Il appartiendra à l’Anses, sous réserve qu’il n’y ait pas d’impact sur la santé humaine ou sur l’environnement, et qu’il y ait une situation d’urgence et pas d’alternative, de décider d’une dérogation limitée dans le temps pour un seul secteur et une superficie agricole très limitée », a-t-elle ajouté.
Assouplissement des restrictions sur la chasse au loup
Reflétant le changement du statut de protection des loups dans l’UE (d’une protection stricte à une protection standard), le projet de loi permettra aux agriculteurs de protéger plus facilement leur bétail contre les loups.
Cela inclut l’autorisation par les agriculteurs d’outils défensifs tels que les viseurs de vision nocturne ou d’imagerie thermique.
Il supprime également la nécessité d’une autorisation préalable pour tirer sur des loups pour défendre les animaux domestiques, qui peuvent désormais être protégés indépendamment de l’endroit où les loups attaquent ou non.
Les critères concernant le nombre maximum de loups pouvant être abattus ont augmenté – permettant finalement de tuer davantage de loups – et les agriculteurs qui ne remplissent pas leur « quota » d’abattage de loups peuvent reporter ce quota à la saison suivante.
Processus de construction plus facile pour les grands projets d’élevage
Le projet de loi vise en outre à faciliter le processus administratif pour la construction de grands bâtiments ou la modernisation d’installations utilisées pour de grands élevages de bétail, en donnant au gouvernement la possibilité d’accorder une autorisation environnementale spéciale pour de tels projets.
Les critiques affirment que cela entraînera une augmentation de l’agriculture intensive, alors que la loi Duplomb prévoyait déjà une première série de mesures l’obligeant à lancer de tels projets et à construire des bâtiments associés.
Des sanctions plus sévères pour les contrevenants qui ciblent les agriculteurs
De nouvelles sanctions pour vol sur les sites agricoles et pour actes de vandalisme, y compris les dommages aux infrastructures de stockage d’eau mentionnés ci-dessus, sont incluses dans le projet de loi.
Ces sanctions seront passibles d’une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende.
Cela vise en partie les militants écologistes qui s’opposent aux nouvelles installations de stockage.
En outre, les agriculteurs pourront réclamer des dommages-intérêts si les plans de projet s’enlisent dans des contestations judiciaires répétées.
Régulation des mesures de prix
Le projet de loi vise à protéger les agriculteurs qui vendent leurs produits en donnant la priorité à la couverture des coûts de production, établie par plusieurs groupes.
Ceux-ci seront utilisés par tous les vendeurs, empêchant certains producteurs de sous-coter les autres et établissant une forme de prix minimum.
Les « tunnels de prix », fixant les prix minimum et maximum des marchandises lors des négociations commerciales, seront également davantage autorisés. Cela a déjà été testé avec certains produits à base de viande bovine.
Améliorer la souveraineté alimentaire
Enfin, la loi vise à allouer des financements et à soutenir des « projets agricoles d’avenir » qui amélioreront la souveraineté alimentaire française et européenne.
Certaines mesures obligeront les cantines publiques à acheter tous les ingrédients auprès des producteurs de l’UE et tous les produits, y compris la viande, en indiquant l’origine du produit.
Les cantines doivent déjà indiquer le origine de toutes les viandes utilisées, tout comme les restaurants.
Cela s’inscrit dans le cadre de l’accord de libre-échange UE-Mercosur. plus tôt cette année entre les deux blocsreliant le marché de l’UE à plusieurs pays d’Amérique du Sud.
La France a finalement voté contre le projet de loi sous la pression des agriculteurs, mais la mesure a été adoptée grâce à un soutien plus large au sein du bloc, notamment de la part de l’Allemagne et de l’Espagne.
Agriculteurs craignent un afflux de produits bon marché d’Amérique du Sud, notamment les céréales et la viande bovine.
Le Premier ministre déclare que « le projet de loi ne doit pas être utilisé à des fins politiques »
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué l’adoption du projet de loi mais a déclaré qu’il ne devait « pas être utilisé à des fins politiques », sur les réseaux sociaux mardi avant le vote du Sénat.
« La situation difficile des agriculteurs, aggravée par la sécheresse, nécessite des décisions d’urgence… Produire davantage en France, c’est protéger nos agriculteurs, renforcer notre souveraineté alimentaire et, in fine, préserver le pouvoir d’achat des Français.
« On ne peut pas dire au salon de l’agriculture en février qu’on aime nos agriculteurs, et en juillet instrumentaliser à des fins politiques une loi utile à notre souveraineté alimentaire. »
L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole.
Ce texte apporte plus de 70 mesures concrètes attendues par le monde agricole : contrats d’avenir, protection contre la concurrence déloyale des produits importés,…
– Sébastien Lecornu (@SebLecornu) 21 juillet 2026
