La prise de conscience de la France en matière de protection de l’enfance se fait attendre depuis longtemps
Commentaire
Le cas de Lyhanna, 11 ans, est en train de devenir un moment décisif
Le meurtre d’une petite fille identifiée uniquement sous le nom de Lyhanna est devenu une affaire historique en France.
Les gens se demandent comment l’homme accusé du meurtre de l’enfant de 11 ans était toujours en liberté et autorisé à s’approcher de jeunes enfants, malgré des allégations répétées d’inconduite sexuelle impliquant des mineurs.
Le président Emmanuel Macron lui-même a déjà déclaré qu’il y avait un « dysfonctionnement inacceptable » dans les procédures judiciaires, ajoutant : « Nous ne pouvons pas regarder la famille de Lyhanna en face et dire que cela a été correctement traité ».
Il est très inhabituel que de hauts responsables politiques commentent de manière aussi détaillée une affaire pénale en cours en raison de la forte tradition d’indépendance judiciaire de la France.
Cela est d’autant plus vrai que Jérôme Barella, le père marié de 41 ans qui risque une peine d’emprisonnement à perpétuité s’il est reconnu coupable, nie tout acte répréhensible et a bien sûr droit à un procès équitable.
Néanmoins, les preuves liant Barella à des abus antérieurs contre des mineurs étaient si solides que des manifestations ont eu lieu dans tout le pays.
Les manifestants réclament la démission des ministres, ainsi que des juges et procureurs.
Manque d’action
Une tempête a éclaté sur les réseaux sociaux. En bref, le pays prend enfin conscience des problèmes systématiques qui aident les délinquants violents connus dans leurs activités ignobles.
Barella, agent d’entretien scolaire, aurait invité des amis de sa propre fille à des soirées pyjama dans la maison familiale à Fleurance (Gers).
Il aurait soigné des jeunes avant de les attirer dans sa voiture, puis de les attaquer.
Dans le cas de Lyhanna, ses restes ont été retrouvés dans un silo à céréales désaffecté près de chez elle et ont dû être identifiés par ADN. Des preuves médico-légales liant Barella au crime ont également été trouvées sur les lieux.
Surtout, Barella avait été cité dans au moins quatre affaires distinctes, mais peu de mesures ont été prises contre lui, pour des raisons bureaucratiques.
Cela redirige l’indignation vers les fonctionnaires qui sont censés mettre en œuvre les politiques d’ordre public.
De nombreux manifestants estiment que Barella aurait dû être arrêté il y a des années. Si les avocats avaient eu connaissance de ses antécédents, il y aurait eu des raisons impérieuses de le placer en détention provisoire avant son procès.
À tout le moins, il aurait dû figurer sur une liste de surveillance et être surveillé de près. Au lieu de cela, les informations relatives aux allégations antérieures n’ont pas été largement partagées entre les autorités.
Technologie obsolète
Barella ne figurait même pas dans la base de données clé qui contient les noms des individus impliqués dans des délits sexuels, allant du meurtre et du viol à l’attentat à la pudeur. Seules les personnes ayant des condamnations pénales sont nommées ; ceux qui sont soupçonnés ne le sont pas.
Autrefois, les informations sur les individus douteux en France étaient conservées dans des dossiers papier à l’ancienne dans les commissariats et les gendarmeries, mais les nouvelles règles en matière de protection des données ont changé la donne en 2000.
Maintenant, ce qu’on appelle Cassiopée Le logiciel est censé traiter automatiquement les procédures judiciaires dans tout le pays, mais il est notoirement peu fiable et sujet à des dysfonctionnements.
Et avec autant de criminels condamnés répertoriés, les traiter tous dans le cadre du système de justice pénale tristement célèbre de la France est une tâche énorme.
En ce sens, la croissance massive de l’État ces dernières années n’a pas été accompagnée de la technologie nécessaire pour le faire fonctionner correctement.
Des lois très strictes sur la protection de la vie privée et des médias grand public déférents ont parfois, par inadvertance, aidé les pires types de contrevenants.
La réaction à l’affaire Lyhanna montre au moins qu’un changement est en cours.
Des moyens de communication relativement nouveaux, et en particulier le journalisme citoyen, sont utilisés pour mettre en lumière les préoccupations et faire pression sur les autorités pour qu’elles réagissent.
C’est pourquoi tant de personnes – du président Macron à la famille et aux amis de Lyhanna – expriment leur frustration face au système existant et plaident en faveur d’une réforme qui ne saurait intervenir assez tôt.
