Le projet d’autonomie de la Corse avance au Parlement français
La réforme accorderait des pouvoirs d’autonomie gouvernementale tout en gardant l’île pleinement au sein de la République française.
La France a franchi une étape importante vers l’octroi à la Corse d’un statut d’autonomie – une revendication de longue date de nombreux hommes politiques de l’île.
Les députés sont parvenus à un compromis sur la formulation d’un projet de loi de réforme constitutionnelle qui avait déjà été approuvé par la commission des lois de l’Assemblée nationale au début du mois. Un vote en chambre plénière sur le texte est désormais attendu les 23 et 24 juin.
La proposition créerait un arrangement sans précédent : elle inscrirait dans la Constitution française l’autonomie de la Corse – une forme d’autonomie gouvernementale – tout en gardant l’île pleinement au sein de la République française.
Aucun autre département ou région française n’a un statut comparable à celui-ci.
L’accord marque un progrès après des années de débat sur la façon dont les circonstances uniques de la Corse devraient être reconnues.
Le projet de loi se concentre sur la reconnaissance des caractéristiques distinctes de la Corse, notamment sa nature insulaire, son histoire, sa langue et sa culture, ainsi que sa relation particulière avec son territoire.
Les partisans soutiennent que l’égalité en France n’exige pas nécessairement l’uniformité et que l’île a besoin d’une plus grande flexibilité pour répondre plus efficacement aux problèmes locaux.
Dans le cadre de la réforme proposée, la Corse obtiendrait des pouvoirs limités pour adapter certaines lois et réglementations aux conditions locales et éventuellement établir des règles dans des domaines tels que la gestion des déchets, l’urbanisme et le logement.
Cependant, des limites strictes subsisteraient : la réforme ne porterait atteinte ni à la souveraineté française, ni au principe constitutionnel de l’indivisibilité de la République, ni au statut du français comme langue officielle de la République.
La proposition doit passer un processus constitutionnel exigeant, y compris l’approbation au niveau parlementaire national, puis par les deux chambres siégeant conjointement, où une majorité des trois cinquièmes serait requise.
La Bretagne suit de près le débat corse
Le débat a également mis en lumière des changements de positions politiques.
Le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle de 2027était auparavant plus prudent ou critique à l’égard de l’autonomie de la Corse, mais semble désormais plus favorable.
Son changement reflète des changements politiques plus larges, l’autonomie étant de plus en plus présentée non pas comme une voie vers la séparation mais comme un moyen de reconnaître l’identité locale et d’améliorer la gouvernance tout en gardant fermement la Corse au sein de la France.
Les critiques continuent cependant de mettre en garde contre le fait qu’un tel modèle pourrait encourager des demandes similaires de la part d’autres régions et remodeler les idées traditionnelles d’unité nationale française.
En effet, les mouvements régionaux dans des endroits comme la Bretagne, l’Alsace et le Pays basque français suivent de près le débat corse.
Certains dirigeants régionaux y voient une opportunité de promouvoir une décentralisation plus forte, davantage de pouvoirs pour les autorités locales ou une plus grande reconnaissance des identités et des langues régionales.
En mars 2026, Paul Molac, député de la quatrième circonscription du Morbihan, annonce la création d’un nouveau mouvement politique baptisé Faisons Bretagne. Elle a été officiellement lancée le 18 avril 2026 à Rostrenen (Côtes-d’Armor) et vise à rassembler les partisans d’une plus grande autonomie régionale pour la Bretagne.
M. Molac plaide depuis des années sur la manière dont la Bretagne pourrait en bénéficier, arguant que les décisions prises au niveau national sont souvent incohérentes et que l’autonomie régionale permettrait de résoudre les problèmes locaux plus rapidement et plus efficacement.
Les appels à un statut spécial se poursuivent depuis de nombreuses années
La « question corse » a de profondes racines historiques et a refait surface périodiquement au fil de plusieurs décennies.
L’île bénéficie déjà de plusieurs mesures spéciales et les partis nationalistes sont passés progressivement d’une frange militante à une force politique dominante depuis leur victoire aux élections de 2015.
Ceux-ci sont constitués d’un mélange d’« autonomistes » et d’« indépendantistes » (qui veulent que la Corse devienne un pays souverain).
Si la Corse est considérée comme l’une des régions de France, elle est déjà gouvernée différemment du reste du pays.
En 2018, l’ancienne région et deux départements ont été fusionnés en une seule autorité, la Collectivité de Corse.
Les conseillers sont élus à l’assemblée, qui à son tour nomme un conseil exécutif qui agit comme un mini-gouvernement doté de pouvoirs limités.
