Les clochers tordus des églises de France : combien y a-t-il de clochers ?
Découvrez où se trouvent ces églises inhabituelles, pourquoi leurs flèches se tordent et combien il peut en exister à travers l’Europe.
Depuis 40 ans, Philippe Doom s’émerveille devant l’église de Saint-Aubin-sur-Gaillon. Il fut particulièrement attiré par son clocher, bel exemple d’architecture clocher tors (flèche torsadée).
Ces dernières années, la situation s’est détériorée ; les carreaux tombaient souvent au sol. Il fallait la restaurer. Ce fut la première de ses démarches lorsqu’il fut élu maire en 2020. Il lança une campagne de financement, lança un appel d’offres public, obtint le soutien du Fondation du Patrimoineet coordonné les efforts de rénovation, qui ont débuté fin 2022.
Le 10 juin 2023, la mairie a inauguré l’église de Saint-Aubin-sur-Gaillon nouvellement restaurée. D’ici là, M. Doom avait rejoint Les Clochers Tors d’Europe, une association regroupant des passionnés qui cataloguent les flèches tordues à travers le continent. Le groupe fut appelé pendant la période de restauration, après quoi il fut invité à le rejoindre.
Six mois plus tard, il en devient le président, avec l’intention d’en identifier le plus grand nombre possible.
La France regorge de flèches tordues, mais leur nombre et leur histoire restent encore à découvrir.
Combien y en a-t-il ? Plus de soixante est une estimation communément acceptée.
Les Clochers Tors d’Europe en recense actuellement 63, avec de nouvelles entrées régulièrement ajoutées sur son site Internet.
Le processus d’enregistrement a commencé en 1988, lorsque le Société Archéologique a organisé une exposition à Puiseaux (Loiret), présentant un premier lot de flèches torsadées qu’elle avait identifiées.
L’association elle-même a été fondée en 1994, et de nombreux exemples ont été rapportés en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Autriche et en Belgique.
« J’ai été contacté par le maire d’Hectomare, une commune située à 30 kilomètres de là, qui m’a dit qu’ils avaient une flèche tordue. J’ai toujours pensé que Saint-Aubin-sur-Gaillon était le seul dans tout l’Eure », raconte M. Doom.
Wikipédia en répertorie encore plus. La page française en compte 74, tandis que la version anglaise s’arrête à 69. La liste française comprend trois églises supplémentaires à Écury-sur-Coole, Mareuil-le-Port et Songy (Marne), une à Crécy-Couvé (Eure-et-Loir), et en fait référence par erreur à deux reprises.
Cependant, les responsables d’Écury-sur-Coole ont déclaré La connexion que leur église n’est pas une clocher torssoulignant l’ambiguïté sur ce qui en est un. De nombreux exemples répertoriés sont définis à l’aide de critères mathématiques : une torsion d’un huitième est généralement requise, bien que certains soient rapportés à seulement un seizième. Saint-Aubin-sur-Gaillon tourne d’un huitième vers la droite. Écury-sur-Coole aurait un seizième de torsion.
Il existe également une confusion entre clocher tors et flèche torsecar les termes sont parfois utilisés de manière interchangeable.
Mareuil-le-Port et Songy ont confirmé que leurs églises étaient tordues, bien que les photographies suggèrent que seul le sommet de la flèche est affecté.
Les Clochers Tors d’Europe ne les ont pas encore inclus sur son site Internet et n’éditent pas la page Wikipédia française ; l’association dit qu’elle ne sait pas qui le sait.
Pour rendre les choses plus complexes, un autre mystère alimente le débat : comment ces flèches se sont-elles tordues ? Les causes naturelles – le temps, les conditions météorologiques et environnementales – constituent l’explication la plus largement acceptée. Plus le vent souffle, plus la charpente en chêne se tord progressivement, un processus qui se déroule au fil des siècles. À Saint-Aubin-sur-Gaillon, le huitième tournant se serait développé sur cinq à sept siècles.
Le diable est dans les détails
Le vent peut également expliquer pourquoi on en trouve tant d’exemples dans le nord de la France. L’association n’en signale que sept au sud d’une ligne passant par Limoges, Clermont-Ferrand et Lyon.
L’intervention humaine offre une deuxième explication. Les menuisiers auraient commis des erreurs lors de la construction, une théorie soutenue par l’archéologue d’Ille-et-Vilaine Daniel Prigent.
Alternativement, des artisans hautement qualifiés peuvent avoir délibérément reproduit l’effet, transformant la torsion en un élément stylistique. Cela pourrait expliquer pourquoi le Baugeois du Maine-et-Loire possède la plus forte concentration de flèches torses de France.
Une troisième explication, plus colorée, existe également : le Diable. Dans l’église Saint-Maurice de Mervans (Saône-et-Loire), exemple préféré de M. Doom, un conte attribué à Claude Perrault raconte comment le Diable s’est introduit à minuit et a trouvé le menuisier Crétin qui l’attendait. Alors que le Diable commençait à tordre la tour, Crétin lui jeta de l’eau bénite au visage, le forçant à fuir. À Saint-Outrille (Cher), l’une des trois légendes locales raconte que la flèche aurait été tordue par la queue enroulée du Diable alors qu’il fuyait une femme qui escaladait la tour pour le chasser.

De telles histoires diaboliques se retrouvent également outre-Manche. Selon le folklore local, la flèche de l’église Sainte-Marie et Tous les Saints de Chesterfield, entre Sheffield et Nottingham, aurait été tordue par le Diable. C’est l’un des trois exemples en Angleterre répertoriés par l’association, aux côtés de l’église St Mary de Cleobury Mortimer et de Christ Church à Barnstaple. L’association estime qu’il existe environ 120 flèches tordues à travers l’Europe, même si le nombre réel pourrait être plus élevé.
La page Wikipédia en anglais en répertorie huit en Angleterre, ainsi qu’une aux États-Unis – la Caroline Church à Brookhaven, Setauket, New York – et une au Canada, Christ Church à Clarke’s Head, Terre-Neuve-et-Labrador.
Pour aider l’association à identifier d’autres flèches tordues au Royaume-Uni, aux États-Unis ou ailleurs, contactez Philippe Doom à doom27600@gmail.com ou au 06 33 63 82 19.
