Le vote ethnique, succès de Melenchón : Saint-Denis, de la cité des rois, à « la cité des noirs »

Le vote ethnique, succès de Melenchón : Saint-Denis, de la cité des rois, à « la cité des noirs »

La ville de Saint-Denis est devenue connue en Espagne pour avoir été le théâtre des agressions, vols et attaques subis par les supporters du Real Madrid et de Liverpool lors de la finale de la Ligue des Champions, le 28 mai 2022.

Peu de touristes connaissent et visitent la ville où se dresse la basilique, qui sert de nécropole aux rois de France depuis le Moyen Âge ; où reposent les restes des Mérovingiens, des Carolingiens et des Capets qui doivent aujourd’hui trembler de nouveau de surprise dans leurs tombes profanées pendant la fureur de la Révolution.



Depuis dimanche dernier, Saint-Denis représente le symbole de la réussite de la politique ethnique de l’extrême gauche française représentée par « La France Insoumise ». La deuxième ville la plus peuplée de région parisienne – après la capitale – sera gouvernée pour les six prochaines années par le candidat mélenchoniste, Bally Bagayoko, né en 1973 dans une famille de neuf frères et sœurs d’origine malienne.

Le nouveau maire a obtenu 50,77 % des voix, bien au-dessus de son rival socialiste, Mathieu Hanotin, 32,7 %.

« Nous sommes tous des enfants de Gaza »

Bagayoko est un citoyen et un homme politique caractéristique de l’actuel Saint-Denis : 149 000 habitants, une agglomération à majorité de population immigrée légalement ou illégalement, avec une représentation importante de la religion musulmane qui oblige la candidate, jusqu’à dimanche, à défendre le voile islamique même dans les compétitions sportives.

Dans les vidéos diffusées par X, des militants pro-Bagayoko ont célébré dimanche soir à leur QG de campagne en criant « nous sommes tous des enfants de Gaza ».

Plus de la moitié des habitants de la ville sont musulmans et l’islam radical s’est imposé depuis des années, comme l’indiquaient les journalistes du journal « progressiste » Le Monde, Gérad Davet et Fabrice Lhomme, en 2018.

Dans l’euphorie de la victoire, Bagayoko a répondu à une question en direct de la chaîne de télévision LCI sur « sa victoire dans la cité des rois » : « Oui, dans la cité des noirs ». De quoi soulever une polémique qui, pour les « insoumis », non seulement ne doit pas être cachée, mais est le reflet d’une fierté politique.

Son collègue du parti et candidat frustré à la mairie de Marseille, Sébastien Delogou, s’est rendu à Saint Denis en décembre dernier, pour soutenir le candidat Bagayoko. Une fois le vote arabo-musulman mobilisé, l’objectif était le vote noir. Delogou y revendique « une représentation fondée sur l’appartenance identitaire à une race », plutôt que sur l’adhésion à un projet politique commun. C’est-à-dire et sans plus attendre, si vous êtes noir, votez pour une personne noire.

Eric Coquerel, député, président de la commission des Finances de l’Assemblée et l’une des principales voix de LFI, a déclaré lors de la campagne pour les élections municipales que « la représentation politique doit correspondre à la couleur de peau des habitants des territoires concernés ».

Le député Carlos Martens Bilongo, fils d’un Angolais et d’un Congolais, a également déclaré, en parlant des Français blancs: « Nous allons leur apprendre que nous sommes plus nombreux et plus intelligents. Si nous avons plus d’enfants, tant pis pour eux; ils nous ont colonisés, maintenant ils sont dans la merde ».

De la lutte des classes à la lutte raciale

Melenchón mise sur le vote ethnique comme catapulte pour les élections présidentielles de 2027, et Saint-Denis représente un laboratoire de triomphe. La ville reflète également l’évolution politique vécue par des localités où l’immigration non européenne est actuellement majoritaire.

Saint Denis était sous le régime politique du Parti communiste français de 1920 à 2020, date à laquelle les socialistes les ont vaincus. La ville fut l’un des exemples d’intégration d’immigrés comme les Espagnols, les Portugais ou la première vague de travailleurs maghrébins du XXe siècle. Aujourd’hui, le PCF, dans un profond coma au niveau national, est contraint de s’allier à « La France Insoumise » de Saint-Denis pour soutenir Bagayoko.

De l’histoire de l’immigration espagnole dans la ville subsiste le nom de certaines rues, comme celui de Cristino García (guérilla communiste espagnole) ou la « Maison des Espagnols », dernier témoignage des ouvriers espagnols émigrés pour travailler à Saint-Denis.

Dans les années 1930, il y avait plus de 10 000 Espagnols dans ce qu’on appelait la « Petite Espagne ». La plupart de leurs descendants de cette époque et des suivantes ont quitté ce quartier en s’intégrant à la société française et en améliorant leur condition sociale et économique afin d’échapper à ce qui est devenu une « banlieue », avec ce que cela implique pour les soi-disant « petits blancs ».

Le président du parti de Marine Le Pen, Jordan Bardella, a également grandi à Saint Denis, descendant d’immigrés italiens et algériens.

Saint-Denis est une satisfaction pour « La France Insoumise », qui ne régnait jusqu’à aujourd’hui sur aucune grande ville. Dimanche prochain, le parti de Melenchón pourra réaliser ce qui était jusqu’à récemment inimaginable. Deux capitales importantes – très différentes sociologiquement de Saint Denis – comme Toulouse, siège cosmopolite de l’aéronautique, et Lille, fief historique du socialisme, pourraient passer entre des mains « rebelles ».

On peut donc dire que l’extrême gauche est la gagnante du scrutin municipal.

A seulement un an de l’élection présidentielle, les déclarations antisémites de Melenchón ou les violences physiques exercées par certains de ses militants, accusés de meurtre, n’ont pas entamé ses attentes électorales.





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