Melenchón et Le Pen avancent également aux élections municipales
Le premier tour des élections municipales en France a reflété l’émergence spectaculaire de « La Francia Insumisa », de Jean-Luc Melenchón, et du parti de Marine Le Pen, le « Rassemblement national », dans un terrain électoral jusqu’à aujourd’hui dominé par les socialistes et la droite traditionnelle.
Il est déjà très difficile pour les socialistes d’aspirer à des victoires municipales ou nationales sans le soutien de l’extrême gauche. Mais pour « Les Républicains », l’union de la droite, réclamée par les électeurs, pourrait signifier être engloutie par la poussée de la droite nationaliste de Le Pen et de Jordan Bardella.
Paris : déception à droite
S’en tenant aux résultats de dimanche, la gauche obtient de meilleurs résultats que les sondages prédits dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille.
Dans la capitale française, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, en tête d’une liste avec des écologistes et des communistes, l’emporte, pour l’instant, sur Rachida Dati, l’espoir de la droite et pourtant favorite du président Macron. Pour prolonger les 25 ans de direction socialiste, Grégoire aura besoin que le candidat mélenchoniste abandonne et aspire à la victoire.
Dati, pour sa part, espère que la candidate du parti de centre-droit « Horizons » et, surtout, Sara Knafo, la représentante de « Reconquista » – droite radicale – choisiront de se retirer pour éviter le succès du socialiste, qui succéderait à sa camarade du parti, Anne Hidalgo. Knafo a tendu la main à Dati ce matin, mais elle n’acceptera aucun type de pacte avec elle.
Marseille : l’espoir de Le Pen
A Marseille, le socialiste également Benoît Payan risque de reconduire son mandat, mais, dans son cas, avant le représentant du parti de Marine Le Pen, Franck Allisio, qui le talonne.
Dans cette ville, le représentant mélenchoniste demande au maire socialiste une fusion de listes. Payan refuse et espère que « La Francia Insumisa » se retirera pour ne pas diviser les voix de la gauche. Pour le « Rassemblement national », la conquête de Marseille, ville où l’insécurité et la criminalité ont fait fuir nombre de ses habitants, serait un coup porté sur la route de son véritable objectif, la présidence en 2027.
Lyon : résistance écologique
C’est peut-être à Lyon que les résultats ont été les plus surprenants. Aux mains d’un maire écologiste depuis 2020, Grégory Doucet, peu ont donné un sou pour sa réélection, après les conséquences que les mesures anti-automobile considérées comme typiques des « Verts khmers » ont entraînées pour les automobilistes et les commerçants. Son principal rival, Michel Aulas, un homme d’affaires prospère et ancien président de l’équipe de football de l’Olympique de Lyon », a démenti les sondages et est à égalité avec Doucet. Dans cette ville, la collaboration entre le maire sortant et l’extrême gauche de Melenchón semble plus facile qu’à Paris ou à Marseille.
Le parti de Le Pen et Bardella a conquis des villes comme Perpignan et Béziers dès ce premier tour et est tout près de prendre la tête de la mairie de Toulon. Ses alliés de l’Union de droite pour la République sont également favoris pour obtenir Nice.
Jordan Bardella a appelé hier « à tendre la main aux listes de la droite sincère, à tous ceux qui rejettent le désordre de l’extrême gauche et la dilution du macronisme ». De son côté, le chef de la droite traditionnelle des « Républicains », Bruno Retailleau, n’a donné qu’un seul slogan : « pas de vote pour « La France Insoumise », et « honte à ceux qui font cause commune avec un parti qui n’a rien de républicain ».
Les partis ont jusqu’à mardi après-midi pour présenter leurs listes et affronter le second tour dimanche prochain. Quelques heures pour prendre des décisions qui, dans le cas des socialistes, peuvent être délicates.
La verve de « La Francia Insumisa » les met dans une situation difficile. Son premier leader, Olivier Faure, a exclu « un accord national » avec le parti de Melenchón. Mais la réalité est que le PS et LFI ont signé des accords électoraux dans plus de soixante villes et se sont mis d’accord sur une liste commune ce lundi à Toulouse.
« Front antifasciste », attisant l’antisémitisme
Melenchón et ses troupes ont trouvé une solution pour le second tour : créer un « front antifasciste ». LFI et son leader Melenchón obtiennent d’excellents résultats dans les banlieues habitées par une majorité de Français musulmans.
Une campagne émaillée de déclarations antisémites et de blagues sur les Juifs a donné la victoire à LFI dans des villes comme Saint Denis, la deuxième ville la plus peuplée de la région parisienne, après la capitale. Ils ont également de fortes chances de reprendre la mairie de Roubaix. Le candidat de Melenchón dans cette ville, David Guiraud, est un sympathisant pro-palestinien déclaré, accusé de relativiser les crimes de l’organisation terroriste Hamas.
Saint-Denis et Roubaix sont des villes où le message « raciste » du parti de Melenchón a pénétré. Le discours de LFI insiste sur « la nouvelle France », un concept similaire à celui du grand remplacement », considéré comme d’extrême droite. La « Nouvelle France » est pour Melenchón la France non blanche, et ses candidats ont insisté sans vergogne pour demander le vote qui représente la couleur de peau ou la religion de la majorité des habitants de certaines localités.
