Ce n'était pas l'archiduc François Ferdinand : les deux premiers décès de la Première Guerre mondiale sont survenus lors d'un petit-déjeuner tronqué

Ce n’était pas l’archiduc François Ferdinand : les deux premiers décès de la Première Guerre mondiale sont survenus lors d’un petit-déjeuner tronqué

L’Alsace et la Lorraine étaient les territoires que la France tenait au cœur depuis 1871. La défaite de la guerre franco-prussienne marqua la chute définitive de Napoléon III, l’établissement définitif de la république comme forme d’État dans le pays français et la fin du processus de construction de l’Allemagne, constituée comme un empire et qui jouera désormais un rôle dominant dans le panorama politique européen et mondial. L’Empire allemand était né, concluant avec succès le processus d’unification entamé des années auparavant.

Dans un contexte de capitulation de la France, le traité de Francfort fut un coup atroce pour une France qui avait déjà vu les troupes allemandes triomphantes défiler dans Paris dans un silence désolé. Ainsi, en janvier 1871, ce traité représente une paix dure pour la France, qui perd l’Alsace et la Lorraine, régions riches en charbon et en fer.



Et c’est à proximité de cette Alsace et de cette Lorraine que 33 ans plus tard, l’Histoire, toujours l’Histoire, avait à nouveau un chapitre à raconter. Le 2 août 1914, la Grande Guerre s’intensifie. Tous les historiens s’accordent à dire que le conflit a commencé le 28 juin, avec l’assassinat de l’héritier du trône impérial de l’Empire austro-hongrois, François Ferdinand. Un crime qui a mis fin à la paix armée, qui a commencé dans les années 1980, et qui a servi de prétexte à de nombreuses nations et États pour entrer en guerre.

Un mois après l’assassinat de l’archiduc, le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie ; Le 1er août, l’Empire allemand fit de même avec la Russie. Au milieu d’une série de déclarations de guerre, sont cadrés les deux premiers morts de la Grande Guerre. Toutes les victimes d’un conflit armé sont malheureuses, mais les premiers morts de cette horreur ont perdu la vie alors que même la Grande Guerre n’avait pas officiellement commencé entre les nations qu’elles défendaient.

Les 2 premiers décès de la Première Guerre mondiale sont survenus lors d’un petit-déjeuner tronqué

Le matin du 2 août 1914, alors que l’Europe s’insurgeait pour déclencher un conflit dont tout le monde pensait que ses troupes rentreraient d’ici Noël, la France n’était officiellement en guerre contre personne. Ce n’était qu’une question d’heures avant qu’il ne le soit et la France le savait, comme ce fut finalement le cas le 3 août, lorsque l’Allemagne déclara la guerre. Or, ce dimanche 2 août n’était pas n’importe quel dimanche. A quelques kilomètres de la frontière avec l’Allemagne, près de l’Alsace, réapparaît ici ce territoire convoité par les Français depuis 1871. Les Allemands commençaient ce dimanche-là à faire des incursions en territoire étranger, avec deux objectifs clairement préparatoires à ce qui allait arriver : le premier, provoquer ce qui allait être dans quelques heures leur ennemi officiel ; la seconde, tester les défenses gauloises, inspecter le territoire…

L’un de ces raids devait entraîner les deux premiers morts de la Première Guerre mondiale. À Joncherey, petite ville française située à quelques kilomètres de l’Alsace et donc de la frontière allemande de l’époque, une petite unité allemande de quatre hommes, dirigée par Albert Mayer, un sous-lieutenant de 22 ans, qui avait sous ses ordres les soldats Ritz Hansen, Andreas Bergs et Nicolas Hausser, avait pénétré en territoire étranger.

Dans une maison de Joncherey, un groupe de militaires français qui gardaient les lieux prenait son petit déjeuner chez le civil Louis Doucurt. Soudain, l’alarme est donnée par sa fille, Adrienne Doucurt, qui, criant « Les Prussiens arrivent », prévient les Français de la présence des soldats allemands, facilement reconnaissables à leur casque. Le caporal Jules-André Peugeot sort à la rencontre de la petite patrouille allemande et leur ordonne d’arrêter toute action, ce à quoi ils refusent et, sous la forme de Mayer, tirent sur les Français. Peugeot, 21 ans, a été blessé et a tenté de répondre au tir en tirant avec sa propre arme mais, stupéfait par l’impact, le tir n’a touché aucun rival. Oui, celle de ses compagnons, qui ont réussi à atteindre Mayer pour le tuer sur le coup d’une balle dans la tête, qui faisait suite à une précédente balle dans le ventre. Il n’était pas encore 10 heures du matin le 2 août et la Première Guerre mondiale avait fait la première des millions de victimes, tant civiles que militaires, qu’elle allait faire.

Peugeot put être reconduit chez Doucourt, mais il fut mortellement blessé et mourut vers 10h40. Il devint ainsi le deuxième mort de la Grande Guerre et le premier soldat français à périr dans un conflit dans lequel Allemands et Français entreraient pleinement et officiellement le lundi 3 août.

La Grande Guerre, celle qui allait être comme un éclair et qui allait ramener les jeunes soldats chez eux pour Noël, est devenue le cauchemar de l’Europe, le conflit le plus sanglant connu jusqu’alors, où Mayer et Peugeot ont la triste présence tout au long de l’histoire d’inaugurer la malheureuse traînée de morts qui s’est répandue sur le Vieux Continent jusqu’en 1918.





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