Le parquet français va demander la disqualification de Marine Le Pen
Des « peines de déchéance », c’est ce que le parquet de la cour d’appel de Paris va demander à Marine Le Pen, comme ils l’ont eux-mêmes annoncé. Ils veulent la disqualifier pour l’affaire de détournement de fonds européens dans laquelle elle est condamnée en première instance avec dix autres personnes liées à son parti, le Groupe National.
Après avoir annoncé qu’ils demanderaient sa disqualification de la fonction publique, le procureur Thierry Ramonatxo a déclaré qu’ils demanderaient ce type de sanction car « il n’y a pas lieu de cacher un faux suspense ». Le premier des deux représentants du ministère public à intervenir devant la Cour d’appel de Paris au début de l’acte d’accusation qui se tient cet après-midi n’a pas précisé la durée de cette disqualification.
Disqualifiée lors d’une élection dont elle est la favorite
Cette séance au cours de laquelle l’homme politique fait appel devrait durer plus de cinq heures. Le Pen a été condamnée en mars 2025 à une lourde peine comprenant cinq ans d’interdiction avec exécution immédiate de l’exercice de fonctions publiques, ce qui bloquerait pour l’instant son ambition de se présenter pour la quatrième fois à l’élection présidentielle de 2027, pour laquelle elle est favorite. Outre la disqualification, le leader national-populiste a été puni pour la même affaire de quatre ans de prison pour détournement de fonds publics du Parlement européen. « Le moment est venu de régler les comptes. Il ne s’agit en aucun cas de banaliser les responsabilités de quiconque devant ce tribunal, sans les diluer ou les diminuer », a déclaré le procureur Ramonatxo, juste avant d’avancer que lui et le procureur Stéphane Madoz-Blanchet demanderaient « que la responsabilité pénale de tous les accusés soit largement confirmée et que les sanctions de récusation correspondantes soient demandées ».
Ramonatxo a reproché aux membres du Front National (aujourd’hui Groupe National dirigé par Marine Le Pen) les « attaques médiatisées » en première instance contre l’institution judiciaire et a cité les « menaces de mort explicites » subies par les magistrats qui ont prononcé la sentence en première instance. En ce sens, le procureur s’est félicité que les débats de ces trois dernières semaines du procès en appel se soient déroulés dans un contexte plus serein. « Il s’agit d’un changement notable de ton et d’atmosphère », a-t-il souligné.
Un crime hérité ?
En première instance, les juges ont considéré comme prouvé que Le Pen avait hérité de son père un système de financement illégal de son parti, à travers l’utilisation de fonds destinés aux assistants parlementaires entre 2004 et 2016. Le préjudice estimé pour le Parlement européen était de plus de 4 millions d’euros. Lors du procès en appel, Le Pen a adopté une stratégie de défense basée sur l’involontaire et la bonne foi.
« Si j’ai commis un crime, je n’ai pas eu le sentiment de l’avoir commis », a-t-il déclaré, soulignant qu’il n’était pas question d’établir un système pour financer illégalement son parti avec des fonds européens. Il a fait valoir que toutes ses actions étaient publiques et que le Parlement européen ne l’avait jamais averti d’éventuelles irrégularités.
