Un petit morceau d’Espagne dans la campagne française

Pourquoi Llívia est une enclave espagnole à l’intérieur de la France, comment un traité de 1659 l’a créée et pourquoi l’accès routier et les règles aux frontières provoquent encore des tensions aujourd’hui

L’identité de la ville est résolument catalane

En France métropolitaine, 13 km² appartiennent à un autre pays. Bienvenue à Llívia, une enclave espagnole à cinq kilomètres de sa frontière, mais entouré par les Pyrénées-Orientales.

Cet aspect particulier de la France remonte à 1659, lorsque fut signé le Traité des Pyrénées, mettant fin à la guerre franco-espagnole qui dura 24 ans et donnant à la France 33 villages.

Seule Llívia fut alors classée ville, un détail juridique sur lequel l’Espagne capitalisa.

En 2017, 95 % de la population de Llívia a voté pour l’indépendance de la Catalogne

Plus de 357 ans se sont écoulés et Llívia est restée entièrement espagnole.

C’est un fief catalan d’environ 1 500 habitants, qui parlent principalement le catalan.

Les fêtes et la gastronomie de la ville reflètent cette identité. Les célébrations annuelles mettent en vedette la musique et la danse traditionnelles catalanes. Les restaurants locaux servent des plats catalans comme escudella je carn d’olla et pa amb tomàquet. Les magasins ferment l’après-midi et les restaurants sont ouverts jusqu’à 22h00.

L’agriculture et le tourisme sont ses deux principaux secteurs de croissance. Les marchés locaux vendent des fromages et des charcuteries catalanes, générant une activité touristique.


La pharmacie Esteve de Llívia prétend être l’une des plus anciennes d’Europe

Ses principales attractions sont le musée de la pharmacie Esteve, qui abrite l’une des plus anciennes pharmacies d’Europe et attire environ 16 000 touristes par an, ainsi que plusieurs bâtiments de construction romaine.

Il existe encore une source majeure de conflit qui dure depuis des siècles : l’accès routier. Au cours des deux premiers siècles, les frontières avaient une vague démarcation écrite le long de l’actuelle frontière franco-espagnole, ce qui a conduit à de vastes conflits sur le contrôle des cours d’eau et des pâturages.

Napoléon III et Isabelle II d’Espagne cherchèrent à mettre fin à ces troubles et signèrent trois traités distincts en 1856, 1862 et 1866.

À Llívia, l’utilisation du canal est partagée avec la France, les deux pays bénéficiant de droits d’utilisation à différents jours de la semaine. Les résidents français peuvent l’utiliser du dimanche matin au mercredi soir. Les Espagnols peuvent l’utiliser les autres jours.


Le bétail peut se déplacer librement dans les pâturages de Llívia à condition d’en informer le maire huit jours à l’avance.

Affrontements sur une route neutre

Les traités précisaient également que Pilotes espagnols ne devrait pas être soumis à des contrôles de police sur la D68, la route française qui traverse Llívia mais qui est considérée dans le village comme la N154. Sa propriété reste neutre.

Cette spécificité est au cœur de la « Guerre des Stops » de 1971, car les traités signés dans les années 1850 et 1860 ne mentionnaient pas les conséquences de la dégradation des stop.

Pendant trois semaines en avril 1971, des panneaux d’arrêt installés par des ouvriers français sur la D68 pour réduire la vitesse avant un rond-point dangereux ont été systématiquement retirés du jour au lendemain par les habitants. Llívia combattit le gouvernement français, qui finit par reculer. En 1983, Llívia s’est dotée d’un nouveau pont pour remplacer son rond-point.

Dans les années 2000, les habitants se sont opposés au projet du gouvernement français visant à construire un nouveau rond-point sur la D68, qui a finalement été inauguré en 2015 pour relier Puigcerdà, une ville frontalière espagnole.


Les rues sinueuses sont bordées de bâtiments en pierre

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