L'offensive de censure de Macron contre les "pseudomédias" qui déferlent sur les audiences

L’offensive de censure de Macron contre les « pseudomédias » qui déferlent sur les audiences

La contribution d’Emmanuel Macron à la connaissance de l’œuvre de George Orwell est louable. Le problème est que des concepts comme « Ministère de la Vérité » ou « Big Brother » se sont retournés contre lui en raison de la croisade qu’il a entreprise contre des médias qu’il ne considère pas comme « fiables ». C’est-à-dire ceux que la gauche et le macronisme considèrent comme des « pseudo-médiatiques » ou, tout simplement, « d’extrême droite ».



Le président français a soulevé une vague de stupeur et d’indignation face à sa proposition d’établir un «nihil obstat» aux médias qu’il considère crédibles et prive de cette étiquette ceux qui, selon lui également, publient des canulars ou de fausses informations.

Le 26 novembre, le chef de l’Etat déclarait : « Je pense qu’il est important qu’il y ait un classement fait par des professionnels qui puissent dire que ces journalistes sont sérieux et que ce ne sont pas des gens qui rapportent ». Macron a précisé que l’Etat ne pouvait pas se charger de cette vérification, « car cela deviendrait une dictature ». Qui alors ? Rien de moins que l’ONG Reporters sans frontières, reconvertie aujourd’hui, en France, en un appareil idéologique de gauche obsédé par Marine Le Pen et les médias de l’industriel Vincent Bolloré, notamment par la chaîne todonoticias. cnewsqui bat chaque jour des records et est devenue le leader de la télévision d’information 24 heures sur 24 avec ses programmes de débats.

Le groupe Bolloré et la fin de la « pensée unique »

Pour la première fois depuis la fin de la politique de contrôle des médias publics au temps de Charles De Gaulle, la gauche n’a plus le monopole de « la vérité », de la « pravda », des opinions respectables ou recevables selon les limites fixées par une élite médiatique, politique et intellectuelle qui est en train de perdre la soi-disant « guerre culturelle », cette hégémonie « Gramscienne » dont elle jouissait sans difficulté depuis l’après-guerre.

L’offensive de Macron est dirigée contre le conglomérat médiatique Bolloré, qui, par l’intermédiaire de Vivendi, détient d’ailleurs près de 10 % des actions de la société espagnole Prisa. De la chaîne générale Canal+en passant par INFOSla radio Europe1l’hebdomadaire « Paris Match » ou le Journal du dimanche Le Journal du Dimanche (JDD), les Français ont désormais la possibilité de recevoir des avis et des informations qui leur ont été cachées pendant des décennies ou qui leur ont toujours été proposées d’un point de vue uniforme.

L’immigration clandestine, l’augmentation de la criminalité et de l’insécurité, la pénétration de l’Islam, la remise en question du néo-féminisme, la soi-disant politique de genre, l’europhilie, « l’indigénisme », le « décolonialisme » et, en général, tout ce qui, ces dernières années, a qualifié de « wokisme » toute œuvre culturelle ou intellectuelle, entre dans la programmation et le débat de ces médias, remettant ainsi en question la « pensée unique ».

L’attaque du président Macron a coïncidé – personne ne croit cela par hasard – avec une émission spéciale de la télévision publique axée sur la disqualification du réseau CNEWS et du groupe Bolloré. Les auteurs de cet espace ont utilisé les arguments de Reporters sans frontières, dont les données ont été disqualifiées par l’ARCOM elle-même, le soi-disant gendarme des médias. Le programme prétendument « objectif » s’est terminé dans un ridicule qui a contribué à accroître l’audience de ses « ennemis ».

« Télé Pedro » et « Télé Macron »

La radio-télévision publique française n’est pas « TelePedro » ou « RadioPedro » – pour l’instant – mais elle est contrôlée par une majorité de journalistes de gauche qui n’hésitent pas à attaquer et disqualifier leurs confrères du groupe Bolloré. Le directeur général de France TélévisionsDelphine Ernot – citée directement par Macron (« De qui dépend la télévision publique ? Et bien c’est tout ») – déclarait quelques jours avant l’offensive présidentielle que « CNEWS était une télévision d’extrême droite ».

Aujourd’hui, le groupe d’information du public est scruté à l’Assemblée non seulement pour son manque d’impartialité, mais aussi pour ses dérives financières. Il y a quelques semaines, deux de ses journalistes les plus connus ont été « surpris » lors d’une réunion avec des hommes politiques socialistes au cours de laquelle ils proposaient de « s’occuper » (à titre informatif, suppose-t-on) de Rachida Dati, la candidate de droite à la mairie de Paris, actuellement aux mains du PS.

Alors que tout semblait se calmer et après que Macron lui-même ait nié le « label » d’État pour la presse, l’Elysée lui-même a diffusé une vidéo très sévèrement attaquée contre CNEWS et plusieurs de ses personnalités dans laquelle il tentait de faux les réactions de la chaîne à sa proposition de contrôle journalistique. Une vidéo qui a été accueillie avec joie par cette chaîne puisqu’elle l’a aidée, une fois de plus, à augmenter son audience.

« Dérive liberticide » ; « censeur en chef »

La droite traditionnelle, qui a toujours peur d’être assimilée à la formation Rassemblement National de Marine Le Pen et Jordan Bardella, a réagi durement à l’offensive de censure de Macron. « Une dérive liberticide », a dénoncé David Lisnard, maire de Cannes et figure rampante des Républicains. « Si la présidence de la République avait voulu se caricaturer en ministère de la Vérité, elle n’aurait pas pu faire mieux », a ajouté Lisnard.

Le président LR Bruno Ratailleau qualifie Macron de « censeur en chef ». « Sous prétexte de lutter contre les canulars, on attaque la liberté d’information et d’expression », affirme le chef de la droite, qui ajoute : « c’est une nouvelle offensive lancée contre les médias qui déplaisent à la doxa progressiste ».

Emmanuel Macron, l’espoir libéral de nombreux Européens – en Espagne certains y croient encore – a tenté depuis son arrivée au pouvoir en 2017 de mettre une certaine limite à la liberté d’expression et d’opinion, en essayant d’impliquer les journalistes eux-mêmes dans ses efforts.

C’est ce qu’affirment des professionnels comme l’actuel directeur de la rédaction de l’hebdomadaire libéral Le PointÉtienne Gernelle, qui écrit cette semaine dans son éditorial que « Macron ne comprend rien à la liberté d’expression ». Gernelle assure que si une organisation comme celle prônée par Macron avait existé à l’époque de Zola, l’article historique n’aurait pas été publié. J’accuse dans le journal L’Auroredans lequel l’écrivain dénonce les « mensonges d’État » et l’antisémitisme à l’encontre du capitaine Dreyfus.

« Ce genre de cas », explique le directeur de Le Point« Il a aussi l’inconvénient d’attirer irrésistiblement les journalistes et les experts les plus militants, qui y voient une magnifique opportunité d’imposer leurs points de vue ».

« Avis sur les balises »

Autre représentant de ce qu’on appelle en France la « presse libérale », Nicolas Beytout, rédacteur en chef du journal L’Avisestime que « labelliser les médias serait un fait politique. Confier cette tâche à d’autres journalistes est la garantie de se heurter à un corporatisme militant ancré à gauche; autrement dit, labelliser les opinions ».

Selon Christophe Barbier, éditorialiste de BFMTV et ancien directeur de l’hebdomadaire L’Express« Certains tentent de supprimer le pluralisme pour obtenir une sorte de neutralité dans les médias. Alors que notre trésor est le pluralisme et non l’uniformité ».

Même si ses porte-parole tentent de calmer la tempête créée par le président français, le mal est fait et Macron n’en sort pas indemne. Personne ne voudra être qualifié de « média fiable » pour l’Elysée. Son idée est difficile à défendre même par les innombrables commissaires politiques qui pullulent dans la presse française. Pour l’instant, son obsession pour les médias faux C’est un coup de boost vitaminé pour le groupe Bolloré. La chaîne d’information « fachosphère », la plus détestée de la gauche, est la préférée des Français.

Les plans de contrôle de la presse qu’élabore Macron font partie de l’offensive que le président et l’ensemble des institutions de gauche, universitaires, syndicales ou culturelles, déploient déjà face à la « menace » d’une éventuelle victoire de Marine Le Pen, ou de son dauphin, Jordan Bardella, aux élections présidentielles de 2027.

Pour Emmanuel Macron, il ne peut y avoir d’humiliation plus grave que de remettre les clés de l’Elysée à « l’extrême droite ». Chose très probable, selon les sondages, après dix années de règne jugées très défavorablement par une écrasante majorité de ses compatriotes.





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