Le plus grand franchisé Carrefour de France menace de se disloquer et aggrave la crise du groupe
Encore des problèmes pour Carrefour. En pleine désengagement de l’enseigne de supermarchés en Europe et en Amérique Latine, le président du groupe, Alexandre Bompard, doit désormais faire face à une nouvelle crise. Son principal et plus ancien franchisé en France – son pays d’origine – a menacé de se séparer de Carrefour, compliquant encore davantage la crise que traverse l’entreprise.
Le groupe Provencia, partenaire historique de Carrefour, avec lequel il collabore depuis 1975, et son plus grand franchisé du pays, envisage d’abandonner le réseau du groupe et de changer de franchise vers d’autres enseignes. C’est ce qu’avance le journal économique français La lettrequi a également indiqué que les franchisés sont déjà en pourparlers avec au moins deux autres chaînes concurrentes.
Le groupe, dont le siège est situé à Annecy (Haute Savoie), a montré sa déception face aux prix élevés des produits fournis par Carrefour via la centrale d’achat et commence donc à étudier d’autres options.
Les deux principaux candidats à la reprise de ces établissements, selon les premières informations, sont E. Leclerc et la Coopérative U, qui seraient disposées à acquérir tout ou partie des locaux et à fournir les enseignes.
600 millions en jeu
Une éventuelle rupture avec Provencia signifierait une lourde perte pour Carrefour, non pas tant en termes numériques, mais surtout en termes moraux. Bien qu’il soit le plus grand franchisé du groupe en France, Provencia ne compte que 31 supermarchés et sept hypermarchés. Mais ceux-ci sont implantés dans une zone clé pour le groupe, la région Auvergne-Rhône-Alpes, apportant à l’entreprise 600 millions d’euros et une marge d’environ 40 millions d’euros.
En outre, à cette perte économique s’ajoute la crise de réputation liée à la perte de son partenaire le plus ancien, situation particulièrement aggravée par les arguments avancés par ceux-ci pour rompre avec l’entreprise. Par ailleurs, le départ de ces franchisés affecterait les parts de marché. Tandis que celui de Carrefour – deuxième opérateur du pays – serait ramené à 21 %, celui d’Intermarché augmenterait jusqu’à un dangereux 20 %. De son côté, si c’était E.Leclerc qui conservait les magasins, sa position dominante s’en trouverait encore renforcée.
Ils ne sont pas les seuls à manifester leur mécontentement pour cette même raison. En juillet dernier, le tribunal de commerce de Rennes a admis une plainte déposée par d’autres franchisés contre Carrefour pour pratiques abusives présumées. Concrètement, l’Association des Franchisés Carrefour (AFC), qui représente 260 opérateurs, a dénoncé que le distributeur impose des conditions financières disproportionnées, dans un contexte marqué par une pression croissante sur les marges du secteur.
Un tremblement de terre à Carrefour
Ainsi, toute cette situation aggrave encore davantage la crise que traverse Carrefour depuis quelques temps. La chaîne de supermarchés, l’une des plus grandes d’Europe, traverse une période difficile. L’entreprise française paie entre autres très cher la crise du format hypermarché, dont elle était fortement dépendante.
Par ailleurs, Carrefour s’est retiré ces derniers mois, notamment sur certains marchés qui posaient des problèmes au groupe. Pour l’heure, la chaîne française a déjà finalisé la vente de ses 1 200 magasins en Italie, est sur le point de clôturer la vente de l’ensemble de son marché en Argentine et, selon les rumeurs, elle serait sur le point de faire de même en Roumanie et en Pologne. Face à cette situation, ils favorisent leur expansion en Afrique subsaharienne, un marché d’avenir. Elle a récemment annoncé des ouvertures en Ethiopie, au Congo et au Ghana.
En Espagne, pour sa part, il est sur le point d’être évincé par Lidl, qui ne cesse de gagner des parts de marché et cherche à voler la deuxième place dans notre pays.
