Carrefour envisage de quitter la Belgique et la Pologne et de réduire son activité à seulement deux pays en Europe
Carrefour ne vit pas son meilleur moment. Même si en Espagne elle a réussi à renverser la balance et à briller, avec un bénéfice de 463 millions d’euros, ce qui représente une augmentation de 13,5%, au niveau mondial, les bénéfices ont été de 976 millions, soit 2,2% de moins. Mais le fait le plus significatif est le retrait des positions, particulièrement marqué en Europe.
Après la récente vente de ses activités en Roumanie, dans le but de concentrer ses efforts uniquement sur les marchés stratégiques, la direction du géant français reconnaît qu’elle commence à envisager de se retirer d’autres pays, comme la Belgique ou la Pologne. De cette manière, son activité en Europe, sa « maison mère », se réduirait à seulement deux marchés : la France et l’Espagne.
Ce mercredi, le président-directeur général de Carrefour, Alexandre Bompard, a présenté le plan stratégique jusqu’en 2030, avec lequel il vise à renforcer la position du groupe et à inverser la crise qui menace l’entreprise en raison du déclin de l’hypermarché. Son plan repose sur deux principes clés. D’une part, concentrez vos efforts et concentrez-vous sur les trois pays clés pour votre entreprise : la France, l’Espagne et le Brésil. En revanche, la société privilégiera la « gestion d’actifs dynamique » sur les autres marchés où elle est directement présente, à savoir la Belgique, la Pologne et l’Argentine.
Cette mesure de gestion dynamique comprend la vente d’actifs, la recherche de partenaires locaux voire la sortie du marché si elle n’est pas stratégique. Ainsi, Carrefour renforce les rumeurs qui circulent depuis un certain temps sur la possible vente de la totalité de l’activité en Pologne, et étend le projet à la Belgique, le quatrième pays où l’entreprise est encore présente sur « le vieux continent ». En effet, selon les médias français La Lettre, Carrefour a chargé JP Morgan de rechercher un repreneur en Pologne. Seules la France et l’Espagne survivraient. De l’autre côté de l’Atlantique, les seules affaires qui resteraient seraient au Brésil, car ils travaillent également à quitter l’Argentine.
Parallèlement à l’ouverture à davantage de retraits, Carrefour prévoit d’ouvrir plus de 750 nouveaux magasins en Espagne d’ici 2030 et 1 000 autres en France, ce qui porte l’ambition du groupe à un réseau total de 7 500 magasins dans la zone France-Espagne. Le but ? Générer une augmentation constante de la part de marché dans ces pays, avec un objectif de 25% en France et 20% au Brésil d’ici 2030, ainsi que « renforcer la deuxième position sur le marché espagnol », freiné par l’avancée imparable de Lidl.
Dans ces trois territoires, ils garderont ouvertes toutes les options stratégiques, de la croissance à la monétisation totale ou partielle, avec la priorité de maximiser la création de valeur, comme le reconnaît l’entreprise. Outre les trois marchés principaux, ils maintiendront également leurs activités internationales par l’intermédiaire de franchisés locaux dans certains pays du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie.
Les départs d’Italie et de Roumanie
Ces derniers mois ont été marqués par deux étapes importantes : le départ de l’Italie et de la Roumanie. Il y a à peine une semaine, le géant français de la distribution annonçait la vente de sa division en Roumanie pour 823 millions d’euros à Paval Holding, propriétaire de la chaîne de bricolage Dedeman. Carrefour y compte 478 établissements qui ont déclaré un revenu brut de 3,175 millions d’euros en 2025, soit 3,5% du chiffre d’affaires total de la multinationale. Elle compte 55 hypermarchés, 191 supermarchés, 202 magasins de proximité et 30 magasins discount.
En juillet de l’année dernière, l’entreprise a annoncé la vente de l’intégralité de ses activités en Italie, qui était alors son troisième marché en Europe, à NewPrinces, un groupe agroalimentaire italien. Avec la vente des près de 1 200 magasins qu’il possédait sur le marché italien, Carrefour a réalisé un revenu supplémentaire de 1 000 millions d’euros.
Parallèlement, elle prépare son départ d’Argentine, où les conditions de maintien de la rentabilité sont devenues plus complexes. La chaîne française a chargé il y a quelques mois Deutsche Bank de rechercher un repreneur pour Carrefour Argentine, une opération initialement valorisée entre 800 et 1 milliard de dollars. Parmi tous les candidats au maintien des plus de 700 magasins que la marque possède dans le pays sud-américain, un se démarque : Francisco de Narváez, célèbre homme d’affaires argentin, ancien homme politique et rival direct des Kirchner.
Au niveau mondial, le chiffre d’affaires de Carrefour en 2025 s’élève à 91 484 millions d’euros, soit une hausse de 2,8 % à données comparables hors essence et hors effets calendaires. Le résultat net part du groupe Carrefour s’élève à 319 millions d’euros en 2025, en baisse de 55,9% en raison de l’impact négatif de 647 millions d’euros des opérations inactives. S’ils n’étaient pas pris en compte, les bénéfices s’élèveraient à 976 millions d’euros, soit 2,2 % de moins sur un an.
