Un tribunal français décide que le propriétaire doit empêcher les fissures pour réclamer des dommages et intérêts
« Le propriétaire n’a pas pris les mesures habituelles », selon le tribunal
La plus haute juridiction française a statué qu’un propriétaire n’a pas droit à une indemnisation en cas de catastrophe naturelle pour des fissures dans sa propriété parce qu’il n’a pas pris les « mesures habituelles » pour prévenir les dommages.
Suite à l’arrêt de la Cour de cassation, le propriétaire doit rembourser les 40 000 € qui lui ont été accordés en appel par une juridiction inférieure, après que son assureur eut refusé de régler une réclamation déposée dans le cadre d’une sécheresse de 2016.
Le propriétaire a souscrit une assurance tous risques habitation en 2015 pour sa propriété située dans le Gard, dans le sud de la France.
La police comprenait une couverture contre les catastrophes naturelles, qui entre en jeu dès que le gouvernement décrète qu’une commune est soumise à une catastrophe naturellecomme cela s’est produit dans cette affaire en 2016.
Le changement climatique met le système à rude épreuve
Le système est de plus en plus mis à rude épreuve à mesure que le changement climatique entraîne des conditions météorologiques plus extrêmes.
Les périodes de sécheresse prolongées et les fortes pluies peuvent être dommageables pour les sols argileux, qui rétrécissent en cas de sécheresse et de chaleur extrême, et s’étendent lorsque la pluie revient. Le mouvement du sol qui en résulte peut provoquer l’apparition de fissures dans les murs et les sols des propriétés.
Les réclamations en cas de catastrophe naturelle ont souvent été approuvées pour couvrir les réparations des propriétés ainsi endommagées.
Les maisons construites en blocs de béton depuis les années 1970 sont particulièrement menacées, car les normes de l’époque autorisaient des fondations plus petites et moins profondes que celles requises aujourd’hui pour protéger les maisons de l’affaissement de l’argile. Des normes plus strictes ont été mises en place en 2024.
Pourquoi le tribunal a-t-il rejeté la demande ?
Dans le cas du bien du Gard, l’assureur a fait valoir que les fissures auraient pu exister avant la sécheresse de 2016.
Le tribunal a rejeté cette décision, jugeant que l’assureur aurait dû évaluer l’état de la propriété lors de la première couverture.
Cependant, les juges ont cité un amendement de 2007 au Code des assurances, qui stipule que les paiements en cas de catastrophe naturelle ne doivent pas être effectués si les « mesures habituelles pour prévenir les dommages n’ont pas été prises ».
Le tribunal a également estimé que l’âge de la propriété, qui n’a pas été révélé dans le jugement, et la nature de ses fondations ne permettaient pas d’établir de manière concluante que les fissures étaient causées par des facteurs naturels plutôt que par la construction du bâtiment.
Questions sur les « mesures habituelles »
Le jugement a été rendu en février, mais n’a attiré l’attention que plus tard.
Certains géomètres en bâtiment ont remis en question le raisonnement du tribunal, soulignant que les recherches sur les méthodes les plus efficaces pour empêcher les fissures des maisons se poursuivent, notamment un projet lancé en 2024 par l’organisme du secteur des assurances France Assureurs.
Parmi les approches testées figurent des systèmes qui injectent de l’eau dans le sol autour des propriétés pendant les périodes de temps chaud et sec.
Philippe Isselin, de TerraStab, qui propose ce service, déclare : « Le problème c’est que personne ne peut dire ce que sont ces ‘mesures habituelles’, donc d’une certaine manière on nous demande de respecter une règle dont personne ne connaissait l’existence.
« Il n’existe aucune référence nationale vers laquelle nous pouvons nous tourner, mais le tribunal affirme effectivement que les progrès dans la connaissance des géo-risques, avec des évaluations des géo-risques désormais incluses dans la vente d’une maison, par exemple, signifient que les propriétaires devraient prendre des mesures. »
Mesures que les propriétaires peuvent prendre
Pour les maisons situées dans des zones à haut risque, les mesures préventives pourraient consister à s’assurer que les gouttières et autres systèmes d’évacuation des eaux pluviales sont bien entretenus.
D’autres mesures pourraient inclure la gestion de la végétation autour de la propriété en taillant les grands arbres, en évitant les plantes à racines profondes à proximité des fondations, en entretenant le sol environnant en comblant les dépressions et, si nécessaire, en installant des barrières anti-racines autour des fondations.
