Qui est Marc Bloch, le prochain Français à entrer au Panthéon ?

Le célèbre historien et membre de la Résistance française Marc Bloch sera enterré au Panthéon de France, aux côtés de son épouse Simonne Vidal, lors d’une cérémonie aujourd’hui (23 juin).

M. Bloch, exécuté par la Gestapo en 1944 suite à l’invasion alliée de la Normandie, deviendra la 84ème personne à être enterrée dans ce bâtiment dédié aux citoyens français qui ont façonné l’histoire moderne du pays.

« Pour son travail, son enseignement et son courage, nous avons décidé que Marc Bloch serait intronisé au Panthéon », a déclaré le président Emmanuel Macron le 24 novembre 2024, lors d’une célébration marquant le 80ème anniversaire de la libération de Strasbourg.

Il s’agira de la sixième cérémonie d’inhumation du président Macon, après l’inclusion de Simone Voile (aux côtés de son mari Antoine), Maurice Genevoix, Joséphine Baker, Missak Manouchianet Robert Badinter.

Aux côtés de M. Manouchian, Simone Veil et Josphine Baker, M. Bloch forme un groupe de personnages de la Seconde Guerre mondiale inscrits dans le bâtiment de l’État.

M. Bloch et son épouse Simonne seront symboliquement réunis, avec deux cénotaphes vides placés au Panthéon après avoir été séparés par la guerre. La famille Bloch a décidé de conserver ses cendres dans le caveau familial à Bourg-d’Hem (Creuse), où elle repose depuis 1977, rapporte France24.

Dès 18h30 ce soir, le public sera accueilli rue Soufflot (Paris 5e), « spécialement préparée » pour la cérémonie, indique le site Internet du Panthéon.

La cérémonie sera également retransmise en direct sur France 2et devrait avoir lieu à 21h00.

La visite du Panthéon sera gratuite pour tous entre le 25 et le 28 juin.

Famille juive, vie de soldat

Né dans une famille juive alsacienne en 1886, Marc Bloch s’est imposé comme un historien majeur du XXe siècle.

Fils de l’historien Gustave Bloch, il a obtenu son doctorat après avoir combattu pour les Français pendant la Première Guerre mondiale.

Ses études se spécialisent dans l’histoire médiévale de la France et il entame par la suite une carrière universitaire, occupant des postes aux universités de Strasbourg puis de Paris Sorbonne.

Il devient un intellectuel de premier plan après avoir fondé l’école d’études historiques « Annales » aux côtés de Lucien Febvre.

L’école se concentre sur l’histoire à travers le prisme des tendances sociales à long terme et mélange des éléments de géographie, d’études sociales et d’économie pour cartographier des changements historiques plus larges. Il se concentre sur la manière dont l’histoire est façonnée par des collectifs plutôt que par des individus.

Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch est appelé dans l’armée française malgré ses 53 ans et sert comme capitaine en Alsace.

Là, il a contribué à mener des études sur les approvisionnements français en carburant et à évacuer les familles alsaciennes derrière la « ligne Maginot » de forteresses le long de la frontière franco-allemande.

Il reçut, entre autres décorations, la Croix de Guerre et l’admission à la Légion d’honneur.

La vie pendant la guerre

M. Bloch a été évacué vers l’Angleterre après avoir combattu lors de la bataille de Dunkerque en 1940, mais a choisi de retourner en France pour retrouver sa famille plutôt que de rester de l’autre côté de la Manche.

Malgré plusieurs appels de collègues à fuir la France en raison de son héritage juif, M. Bloch est resté dans le pays.

Des études ultérieures sur sa vie suggèrent qu’il a probablement refusé d’émigrer aux États-Unis parce que les autorités américaines ne délivraient pas de visas à tous les membres de sa famille et qu’il ne voulait pas être séparé d’eux. Et ce malgré la réception d’un visa personnel et d’une offre d’emploi.

Il s’est vu offrir l’un des rares permis de travail dont disposent les Juifs français pour continuer à enseigner à l’université, mais a été transféré de Paris à Clermont-Ferrand puis à Montpellier.

Malgré l’obtention du permis de travail, il a été confronté à un antisémitisme sévère tout au long de son séjour à Vichy en France et a dû être escorté jusqu’aux cours en raison des protestations des militants anti-juifs de droite.

Sa bibliothèque à Paris a été saccagée par les forces allemandes et il a été contraint de démissionner de son poste de co-éditeur de la revue Annales en raison de son héritage juif. Il continue d’écrire sous un pseudonyme, mais n’obtient plus la même importance.

En 1942, il rejoint la résistance via le groupe modéré Franc-Tireur et s’installe à Lyon.

Malgré son âge, il a utilisé ses compétences militaires et son expertise intellectuelle pour contribuer aux efforts, en rédigeant de la propagande et en organisant des fournitures.

Il a pu utiliser son travail universitaire comme couverture pour voyager à travers la France (y compris la France de Vichy et la partie nord du pays occupée par l’Allemagne), affirmant qu’il effectuait des recherches dans les archives lorsqu’il transférait des messages entre groupes.

Arrestation, exécution et regain d’intérêt après la mort

Capturé en mars 1944, il fut emprisonné par les forces de la Gestapo à Lyon après que d’autres membres eurent donné son nom lors d’un interrogatoire.

Sous la tutelle du commandant de la Gestapo Klaus Barbie (dit le Boucher de Lyon), M. Bloch a été torturé pendant plusieurs semaines mais a refusé de donner des informations sur d’autres résistants.

Malgré les blessures causées par les coups et la pneumonie dont il a souffert en étant immergé à plusieurs reprises dans l’eau glacée dans le cadre de sa torture, il a enseigné l’histoire de France aux autres prisonniers et a été une présence réconfortante pour les plus jeunes détenus.

Une anecdote raconte que juste avant d’être exécuté, un adolescent résistant, visiblement terrifié, a demandé si cela allait faire mal.

« N’ayez pas peur. Ils vont nous tirer dessus, ils ne nous feront pas de mal », a répondu M. Bloch, selon Franceinfo.

M. Bloch a été exécuté peu après le 6 juin 1994, à la suite du succès de l’invasion alliée de la Normandie.

Son épouse décède de maladie quelques semaines plus tard, le 2 juillet 1944, après avoir été hospitalisée sous le faux nom de Simonne Perrier – pour éviter d’être identifiée comme juive. Elle n’avait pas encore été informée du décès de son mari.

Plusieurs livres et articles de M. Bloch ont été publiés à titre posthume après la fin de la Seconde Guerre mondiale, notamment Étrange défaite, un aperçu de la France en 1940 et des échecs qui ont conduit à sa défaite soudaine face à l’armée allemande.

Son travail est resté largement inconnu avant que le regain d’intérêt historique dans les années 1980 et 1990 – largement centré sur l’Étrange Défaite – n’aide à faire connaître au public les réalisations de M. Bloch, tant dans l’histoire que pour la Résistance.

En 1997, la promotion de l’école d’élite de l’ENA a choisi de donner à sa promotion le nom de M. Bloch.

Ce groupe comprenait Edouard Philippe – futur Premier ministre sous M. Macron et candidat à l’élection présidentielle de 2027.

Lire la biographie complète de M. Bloch par le ministère français de l’Éducation nationale ici.

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