Les propriétaires doivent prouver qu’ils ont pris des mesures pour empêcher les fissures causées par la sécheresse, selon un tribunal français
Une décision historique dans une affaire d’indemnisation de 40 000 € pourrait encourager les compagnies d’assurance à refuser les réclamations
Le propriétaire d’une maison dans le sud-ouest de la France qui a subi des fissures dues à la sécheresse ne devrait pas être indemnisé par son assureur car il n’a pas prouvé qu’il avait pris des « mesures préventives » à son encontre, a statué la plus haute juridiction judiciaire de France.
Le Cour de cassation a annulé un arrêt de la cour d’appel de Nîmes dans un litige d’assurance de 40 000 €, créant ainsi un précédent pour les affaires futures.
Cette décision historique pourrait affecter les futurs demandeurs et encourager les compagnies d’assurance à refuser les réclamations. Les décisions de la Cour, la plus haute instance judiciaire française, donnent le ton pour les affaires futures et sont considérées comme des porte-drapeaux pour les nouvelles affaires, en particulier si les règles ne figurent pas dans l’un des codes juridiques français.
Les propriétaires doivent désormais s’assurer qu’ils prennent les « mesures préventives habituelles » pour être éligibles à une indemnisation au titre de la politique de sinistres en cas de catastrophe naturelle dans le cas où une propriété voit des fissures apparaître suite à une sécheresse.
Les critiques ont fait valoir que les « mesures préventives » ne sont pas claires.
Des millions de foyers partout en France, notamment dans le sud-ouest et le centre, risquent l’apparition de fissures en raison du sol argileux sur lequel les propriétés sont construites, elles s’étendent et se rétrécissent pendant les périodes de sécheresse et les précipitations qui en découlent.
Les propriétaires doivent être proactifs
L’affaire concernait un litige entre un propriétaire d’habitation du Gard et sa compagnie d’assurance.
En 2015, il souscrit une assurance habitation sur la propriété, et en 2016 sa commune subit la sécheresse.
La commune locale avec succès fait appel à un catastrophe naturelle désignation de la régionpermettant aux propriétaires qui avaient vu des fissures apparaître dans leur propriété de demander une indemnisation en utilisant ce programme.
Le processus, utilisé en cas de dommages matériels consécutifs à une catastrophe naturelle, permet une indemnisation plus rapide et un processus de réclamation simplifié.
Le propriétaire s’est retrouvé en conflit avec son assureur, qui dans un premier temps ne lui avait pas proposé de payer les dommages, et a intenté une action en justice.
La cour d’appel de Nîmes a donné raison au propriétaire en 2024 et a estimé que « les fissures attribuées par les experts à des tassements différentiels sont présumées être apparues postérieurement à la date de signature du contrat d’assurance ».
Ils ne peuvent « être définitivement attribués qu’à une cause extérieure à la construction, et en l’occurrence, aux épisodes de sécheresse exceptionnelle », ajoute-t-on.
L’assureur fait cependant valoir que les mesures préventives habituelles n’ont pas été appliquées par le propriétaire et fait appel au Cour de cassationqui a annulé la décision initiale de Nîmes.
Le tribunal a déclaré qu’il incombait au propriétaire de prouver qu’il avait pris des mesures préventives pour empêcher l’apparition de fissures et que la simple attribution des dommages à un événement naturel ne constituait pas une preuve suffisante.
Les assureurs ne doivent indemniser les dommages dus aux fissures que dans les cas où « les dommages matériels directs, non assurables, dont la cause déterminante est l’intensité anormale d’un agent naturel, sont considérés comme les effets de catastrophes naturelles ».
Bref, cela signifie catastrophe naturelle La couverture ne peut être réclamée que lorsqu’un agent naturel – dans ce cas, un sol argileux – rétrécit et se dilate spécifiquement en raison d’une sécheresse.
Toutefois, les assureurs ne doivent le fournir que dans les cas « où les mesures habituelles prises pour prévenir de tels dommages n’ont pas pu empêcher leur survenance ou n’ont pas pu être mises en œuvre ».
« Il appartient à l’assuré, demandeur d’indemnisation, d’apporter la preuve qu’il a rempli cette obligation ou que de telles mesures étaient impossibles », a déclaré l’avocat parisien Hassan Kohen sur son site Internet dans un billet consacré à l’affaire.
Cet arrêt constitue une « interprétation stricte des conditions légales de couverture. Il rappelle qu’il ne suffit pas d’attribuer un dommage à un événement naturel anormalement intense », a-t-il ajouté.
Quelles sont ces mesures préventives ?
« Personne ne dit aux propriétaires quelles mesures prendre. Aucune norme nationale ne définit ce qui constitue une « mesure préventive habituelle ». Il vous est demandé de respecter une règle que personne ne vous a jamais expliquée », a déclaré Philippe Isselin, co-fondateur de l’entreprise d’aide au retrait de l’argile TerraStab. Le Figaro.
« Cet arrêt marque un tournant. La prévention n’est plus un choix mais une obligation légale d’indemnisation », a ajouté M. Isselin.
Comme mentionné, il n’existe pas d’exigences nationales officielles en la matière, mais les experts du secteur proposent les meilleures pratiques pour minimiser le risque de dommages – et semblent désormais garantir que les réclamations d’assurance peuvent être déposées.
La prévention s’articule autour de trois axes principaux, précise le site TerraStab : une bonne gestion de l’eau, le contrôle de la végétation et une détection précoce.
La gestion de l’eau consiste à garantir que le sol autour de la propriété ne subisse pas de changements importants dans sa teneur en humidité (comme c’est le cas lors des périodes de sécheresse et de pluie).
Les propriétaires doivent s’assurer de minimiser les risques d’afflux soudains d’eau directement sur le sol (fortes pluies, fuites, etc.) et que l’eau est répartie uniformément sur les terres entourant la propriété lorsqu’elle tombe. Cependant, ils doivent également veiller à ce que le sol ne sèche pas complètement et maintienne un niveau d’humidité stable.
La végétation autour de la propriété doit être bien entretenue pour éviter que des racines profondes nuisent à la stabilité de la propriété.
D’autres conseils incluent :
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Nettoyer les gouttières et les descentes pluviales deux fois par an
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Installer un drain périmétrique si le terrain est en pente
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Plantez des arbustes avec un système racinaire modéré
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Surveillez les fissures avec des témoins de plâtre
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Maintenir une distance de sécurité (≥ 5 m) entre les arbres et les fondations.
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Aérer le vide sanitaire s’il est présent
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Inclinez légèrement votre jardin pour éloigner l’eau des fondations
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N’imperméabilisez pas complètement votre jardin mais utilisez des matériaux perméables
Notez que certains arbres doivent être plus éloignés d’une propriété car leurs racines sont plus dangereuses. Par exemple, un chêne de 20 mètres de haut peut absorber l’eau jusqu’à 30 mètres de son tronc en raison de ses racines solides, ce qui affaiblit encore davantage les propriétés à proximité.
Vérifiez régulièrement l’extérieur de votre maison pour déceler les fissures, prenez des notes détaillées si elles apparaissent, puis vérifiez-les après quelques mois pour voir comment elles ont changé.
Augmentez la fréquence des contrôles en cas de sécheresse et recherchez de manière préventive les signes de dégâts causés par la sécheresse autour de votre propriété (fissures apparaissant dans le sol à proximité de votre habitation, décoloration de la végétation due à un manque d’eau dans le sol, etc.).
Enfin, il vaut la peine de vérifier auprès de votre assureur avant de souscrire une police s’il dispose d’une liste de contrôle spécifique des « mesures préventives » qu’il recommande. Cela peut être particulièrement utile lors d’une déclaration de catastrophe naturelle pour prouver que vous avez respecté les exigences.
