Manifestations organisées devant les préfectures françaises contre les problèmes de carte de séjour

La numérisation, les retards et le manque de personnel sont tous mis en avant comme des pierres d’achoppement

Les préfectures ont été ciblées en raison de la lenteur de réponse et de la numérisation. L’encart montre les manifestations devant la préfecture de l’Isère

Des manifestations ont eu lieu hier (10 juin) devant les préfectures de toute la France, concernant les retards dans les cartes de séjour et les difficultés d’accès aux rendez-vous.

Organisées par le groupe « BougeTaPref », les manifestations visaient les difficultés croissantes rencontrées par les étrangers pour obtenir une carte de séjour leur permettant de rester en France.

Des villes comme Nantes, Rennes, Grenoble, Lille, Toulouse et Marseille ont été des théâtres de manifestations, des groupes utilisant diverses méthodes pour souligner les difficultés auxquelles elles sont confrontées.

A Grenoble (Isère), des manifestants ont installé des dizaines de cartons pour imiter les blocages « dysfonctionnels » de la préfecture.

A Rennes (Ille-et-Vilaine) ont eu lieu des « Jeux olympiques de préfecture », pour dénoncer la difficulté d’obtention des cartes de séjour et des rendez-vous.

« Les préfectures (françaises) sont devenues un bunker, tout est numérique et il est impossible de les contacter », a déclaré Laure, militante de BougeTaPref, au média 20Minutes.

Près d’un an pour renouveler la carte de 12 mois

Le mouvement a souligné les difficultés rencontrées par ceux qui voient leur carte de séjour expirer sans être renouvelée à temps, les laissant dans l’impossibilité de justifier de leurs droits.

Les retards peuvent obliger les travailleurs – qui dans certains cas sont en France depuis plusieurs années – à avoir du mal à trouver légalement un emploi et à accéder à la sécurité sociale.

Ceux qui n’ont pas de droit de séjour sont appelés « sans papiers » et ont du mal à trouver un logement, des soins de santé et un revenu stable jusqu’au renouvellement de leur carte.

L’exemple de « Zena » est courant dans toute la France.

« Elle a demandé le renouvellement de sa carte de séjour et, au bout de trois mois, on lui a dit que sa carte – d’une validité de 12 mois – était en cours de traitement », a expliqué Michel, un bénévole qui aide les étrangers dans leurs demandes, à Ouest France.

« Elle l’a reçu onze mois plus tard… Avant même de recevoir la carte, elle a dû faire une demande de renouvellement », a-t-il ajouté.

La difficulté à obtenir un rendez-vous est également soulignée comme un problème, les créneaux se remplissant presque immédiatement et certains devant attendre des mois pour les réunions nécessaires.

Colère face à la numérisation

BougeTaPref, un groupe de pression composé de groupes de soutien aux migrants et de syndicats, est l’un des nombreux groupes à mettre en avant les problèmes de numérisation dans le processus.

Depuis 2020, presque toutes les demandes de carte de séjour sont désormais en ligne, une mesure censée simplifier le processus.

Cependant, cela est loin d’être le cas pour de nombreux requérants et, en mai, le tribunal administratif du Conseil d’État de France a réprimandé le gouvernement pour plusieurs échecs du service en ligne après que les associations de défense des droits ont intenté une action en justice. Cela a donné au gouvernement six mois pour régler les problèmes.

Le ministère de l’Intérieur a également écrit aux préfectures donner des idées sur ce qui doit être fait.

Suite à la décision a déclaré à The Connexion un membre de l’association de défense des droits des étrangers La Cimade. de leur satisfaction quant à la victoire du tribunal, estimant que « cela devrait, espérons-le, améliorer considérablement la situation des personnes confrontées à cette barrière numérique et qui ne peuvent pas introduire leur demande de permis de séjour ».

Elle ajoute : « Nous espérons que cette concentration des ressources sur les renouvellements, couplée à des changements pour remédier aux dysfonctionnements de la plateforme, permettra aux citoyens d’accéder plus rapidement au processus de renouvellement et qu’ils ne risqueront plus de perdre leurs droits entre-temps. »

Les manifestations de mercredi ont mis en lumière les problèmes de numérisation, avec des cris de « embauchez plus de personnel pour traiter nos dossiers ! » et « plus d’ordinateurs, juste des gens à qui parler ! »

La conseillère municipale de Rennes, Régine Komokoli, membre du parti d’extrême gauche La France Insoumise, a passé plusieurs années sans papiers en France avant d’obtenir ses droits, et essaie désormais d’aider les autres.

« Quand j’ai démarré la démarche à la préfecture en 2001, il y avait au moins devant moi un être humain qui pouvait m’aider et m’orienter. »

« Il y avait certes de longues files d’attente, mais nous avons été bien accueillis. Alors que maintenant, la préfecture est comme une prison. C’est incompréhensible qu’un service public se barricade ainsi. »

De son côté, la préfecture de Rennes a refusé de rencontrer plusieurs associations à ce sujet, invoquant une décision de justice de 2025 selon laquelle la démarche en ligne utilisée ne fait pas obstacle à l’exercice du droit de séjour par les étrangers.

Les titulaires de la carte de séjour peuvent contacter la préfecture par téléphone et par courrier ainsi que par les services numériques.

Même si de nombreuses personnes touchées par ces retards sont celles qui possèdent une carte de séjour qui doit être mise à jour chaque année, même celles qui bénéficient de droits à plus long terme sont confrontées à des difficultés.

Ada, infirmière titulaire d’un titre de séjour de 10 ans en 2017 et résidant à Rennes, sait que sa carte est sur le point d’être renouvelée. Cependant, la préfecture n’a pas pu l’aider.

« La préfecture m’a dit qu’elle ne connaissait pas mon dossier, même si elle m’a délivré une carte de séjour », a-t-elle déclaré à 20Minutes.

« Si mon titre de séjour n’est pas renouvelé, je perdrai mon emploi. »

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