Vous recherchez le National Trust français ? C’est nous !
Une écrasante majorité (90 %) des Français estiment que le patrimoine est un élément clé de la réputation du pays, selon un sondage de la Fondation du patrimoine publié en mars dernier dans Le Figaro.
Ce sentiment se reflète dans le montant record de 168 millions d’euros que la Fondation a reçu en 2025 de la part de plus de 105 000 donateurs privés et de 3 000 entreprises.
Cependant, cela reste dérisoire en comparaison des 766,2 millions de livres sterling collectés par son équivalent patrimonial britannique, le National Trust, au cours de sa saison 2024/2025, ainsi que des 403 000 nouvelles inscriptions de membres.
La Fondation du patrimoine ne cache pas sa volonté de suivre ce succès et de devenir la ‘National Trust à la française‘.
Elle a été fondée en 1996 sur le modèle du National Trust. « C’est nous », a déclaré son directeur général, Alexandre Giuglaris. La connexion.
Bien qu’il ne jouisse pas de la même renommée et de la même popularité, il a gagné en popularité ces dernières années. La restauration de la cathédrale Notre-Dame après l’incendie de 2019, en particulier, a considérablement rehaussé sa visibilité.
Des pressions sont désormais exercées pour que l’attention soit portée sur des milliers d’autres sites patrimoniaux – dont 5 000 églises – à travers la France, qui ont également besoin d’un financement urgent pour sauvegarder leur avenir.
Rapport: L’incendie de Notre-Dame a accru la visibilité de la Fondation. Y avait-il un moment clair « avant » et « après » ?
Alexandre Giuglaris : Incontestablement. Ce fut un choc collectif qui a fait prendre conscience à tous de la fragilité de notre patrimoine, y compris des sites les plus prestigieux.
Nous avons lancé une campagne de collecte de fonds le soir de l’incendie et collecté un montant sans précédent de 225 millions d’euros auprès de 236 000 donateurs.
En le fermant au bout d’un mois, la Fondation a voulu mettre en valeur les moyens importants nécessaires à la préservation de toutes les formes de patrimoine, notamment du petit patrimoine rural : lavoirs, pigeonniers et autres ouvrages auxquels les Français sont fortement attachés mais pour lesquels les financements font défaut.
Notre-Dame témoigne également de la volonté des gens d’agir lorsqu’ils comprennent l’urgence et la valeur du patrimoine.
Connexion : L’avenir du financement du patrimoine réside-t-il dans le financement privé ?
AG : Le financement privé est essentiel. Les entreprises et les mécènes nationaux et régionaux ont apporté plus de 15 millions d’euros en 2025. Environ 88 % des projets sur lesquels la Fondation s’est concentrée en 2024 étaient des sites non classés aux monuments historiques.
L’année suivante, les dons ont augmenté de 27 %, atteignant 32,7 millions d’euros provenant de 105 526 donateurs. L’État ne peut pas tout faire.
Rapport: Depuis, vous avez élargi votre champ d’action pour inclure les forêts, les navires et le patrimoine naturel. Comment définissez-vous le « patrimoine » en 2026 ?
AG : Pendant longtemps, le patrimoine faisait principalement référence aux ouvrages en pierre : un château, un moulin, un clocher d’église.
Ils restent un aspect primordial, mais le patrimoine ne se limite pas à cela. La France est un pays de paysages et de traditions qui attire chaque année des millions de visiteurs.
Notre mission est de préserver tout ce qui contribue à la beauté et à la fragilité de ce cadre de vie, ainsi que les compétences nécessaires à sa restauration.
Pour cela, nous avons lancé un programme Patrimoine naturel et biodiversité. Depuis 2009, elle a soutenu plus de 410 projets de préservation des milieux naturels partout en France.
Rapport: Vous appelez la Fondation un « French National Trust », mais le National Trust possède et gère directement des sites alors que la Fondation ne possède rien.
AG : C’est la principale différence. Le National Trust a émergé dans un contexte où les propriétaires britanniques étaient confrontés à de lourdes taxes et ne pouvaient plus entretenir leurs propriétés, ils les ont donc transférés au Trust.
Les propriétaires français, publics et privés, ne veulent pas renoncer à leur patrimoine. Ils veulent du soutien, pas un remplacement. Notre rôle est de fournir ce soutien.
Rapport: Le volontariat patrimonial est beaucoup plus populaire au Royaume-Uni. Comment peut-elle se développer dans la culture française ?
AG : La France dispose déjà d’un réseau associatif très riche. Il y avait plus de 1,5 million d’associations actives en 2024 et plus de 12,5 millions de bénévoles engagés chaque année, y compris dans le patrimoine.
La Fondation renforce, reconnaît et valorise cette culture. Nos 1 400 bénévoles bénéficient de divers avantages. Nous cherchons à attirer un large éventail de profils. Aucune expertise n’est requise pour s’impliquer et contribuer à la sauvegarde du patrimoine.
Rapport: « La plus grande différence avec le Royaume-Uni, c’est que la France a décapité ses rois. Cela montre comment les Français perçoivent la propriété privée. L’État rêve du modèle anglais où les locaux servent de fiers guides, mais c’est incompatible avec notre histoire. Nous séparons le propriétaire du château des villageois », a déclaré Marie-Georges Pagel-Brousse, présidente de l’association culturelle Union Rempart. Partagez-vous son point de vue ?
AG : Je comprends son point de vue. Pourtant, tout montre que le patrimoine rassemble les hommes au-delà des générations, des régions et des différences politiques ou sociales. La Fondation a soutenu plus de 43 000 projets, soit environ un tous les quatre kilomètres. Cela ne nous relie pas seulement au passé ; c’est quelque chose que nous transmettons aux générations futures.
« Le patrimoine appartient à ses propriétaires, mais sa beauté appartient à tous », disait Victor Hugo.
Rapport: Beaucoup de nos lecteurs possèdent de vieilles maisons ou même de petites châteaux. Comment peuvent-ils s’impliquer auprès de la Fondation ?
AG : Ils peuvent devenir bénévoles. L’une des forces de la Fondation est son réseau national de bénévoles.
Ils nous permettent d’intervenir dans des zones peu peuplées où l’État est moins présent et où les autorités locales manquent de moyens. Ils jouent également le rôle d’intermédiaires auprès des propriétaires et contribuent au suivi de l’avancement des projets.
Connexion : Quels projets séduisent le plus les donateurs britanniques : ruines romantiques, abbayes médiévales ou églises de village ?
AG : Nous ne collectons pas de données détaillées sur les donateurs. La Fondation est cependant consciente que le Périgord, la Bretagne et la Normandie sont particulièrement appréciés des résidents britanniques.
Les redevances du livre 2019 de l’auteur britannique Ken Follett Notre-Dame ont été reversés à la campagne de la Fondation pour la cathédrale de Dol-de-Bretagne en Bretagne.
Rapport: Envisagez-vous d’ouvrir un bureau aux États-Unis, compte tenu de la forte culture philanthropique de ce pays ?
AG : Nous y réfléchissons mais aucune décision n’a encore été prise. L’incendie de Notre-Dame a montré à quel point les Américains se soucient de cette question. Nous avons reçu 2,9 millions d’euros de dons de donateurs américains, et de nombreuses entreprises américaines ont également contribué.
Rapport: À quels défis les maires ou les propriétaires privés sont-ils confrontés lors de la restauration d’un monument ?
AG : Le principal défi réside dans le coût élevé de la restauration, combiné à des procédures administratives complexes telles que les permis, les contraintes patrimoniales et les exigences de cofinancement.
La Fondation dispose de 21 bureaux régionaux et de 1 400 bénévoles pour adapter l’accompagnement à l’organisation et à la gestion des campagnes de financement, aider aux demandes de financement en mettant en relation les propriétaires avec les professionnels du patrimoine et explorer les options de réduction des coûts. Cela reste un grand défi.
Rapport: Quelle est votre vision pour la Fondation dans 10 ans ?
AG : Je veux que chaque ville ou village sache qu’il peut compter sur la Fondation pour protéger le patrimoine qui lui tient à cœur. Idéalement, tout le monde connaît quelqu’un qui travaille comme bénévole pour nous.
La Fondation du patrimoine doit devenir ce que le National Trust est pour les Britanniques : une organisation familière et emblématique que les gens apprécient instinctivement, et un symbole d’engagement collectif pour préserver la beauté et la mémoire de nos paysages.
