Le projet de loi controversé sur les fusillades policières avance en France

Une pétition contre la loi recueille plus de 700 000 signatures

Depuis 2017, les mêmes règles concernant l’usage des armes à feu s’appliquent aux policiers et gendarmes français.

Les règles régissant l’usage d’armes à feu par les policiers et gendarmes français pourraient être assouplies après que les députés français ont voté en faveur d’un projet de loi obligeant les juges d’instruction à présumer que les policiers ont agi légalement lorsqu’ils ont tiré avec leurs armes.

Le projet de loi a été présenté par Eric Pauget (Les Républicains) et sera désormais examiné par les sénateurs.

La majorité de droite du Sénat signifie qu’il y a de fortes chances que ce texte soit approuvé sans retard significatif.

Toutefois, si elle était adoptée, la législation ne serait pas nécessairement mise en œuvre dans la pratique.

Les opposants de gauche ont cherché à retarder l’adoption du projet de loi, le qualifiant de « permis de tuer XXL » et ont déclaré qu’ils porteraient plainte contre l’État français devant la Cour européenne des droits de l’homme pour violation du « droit à la vie ».

Une pétition publique sur Assemblée Nationale site Internet, promu principalement par le parti d’extrême gauche La France Insoumisea recueilli plus de 700 000 signatures au 20 juillet. Vous pouvez retrouver la pétition ici.

Cas de fusillade controversés

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a déjà statué contre la France dans l’affaire Rémi Fraisse, un jeune militant écologiste décédé en 2014 après qu’une grenade assourdissante lancée par un gendarme se soit logée entre son sac à dos et son cou avant d’exploser.

Dans son arrêt, la CEDH a identifié ce qu’elle qualifie de carences judiciaires et administratives dans la réglementation et le recours à la force par les policiers et gendarmes français.

En 2023, la fusillade mortelle à Nanterre de Nahel Merzouk, 17 ans, par un policier, filmé semblant tirer à bout portant à travers la vitre de la voiture alors que Merzouk était assis sur le siège conducteur, a provoqué une semaine d’émeutes à travers la France.

Les images de la caméra corporelle ont ensuite été perdues au cours de l’enquête, les autorités ayant déclaré qu’elles avaient été effacées par erreur.

L’affaire reste en cours. En juin, la plus haute juridiction judiciaire de France, la Cour de cassation, a jugé que la tentative des procureurs de juger le policier pour homicide involontaire plutôt que pour meurtre avait été incorrecte.

« Enterrez tout espoir de justice »

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu le changement proposé lors d’un entretien à la télévision française, affirmant que les inquiétudes quant à son impact étaient déplacées.

« Cette présomption (que les policiers ont agi correctement) peut être renversée au cours d’une enquête à tout moment si nécessaire », a-t-il déclaré.

« Ce sera au procureur de décider. »

Cependant, Yassine Bouzrou, un avocat qui a représenté les familles des victimes mortelles des tirs de la police, a déclaré lors de la même émission que la loi proposée « enterrera tout espoir de justice pour les victimes.

« Aujourd’hui encore, les enquêtes sont déjà biaisées car les magistrats hésitent à contester la version policière des événements », a-t-il déclaré.

« Demain, avec cette présomption de légitimité, toute enquête ne deviendra plus qu’une formalité. »

Dans le système actuel, à la suite d’une fusillade, l’arme utilisée est saisie par les enquêteurs, tandis que le ou les policiers impliqués sont immédiatement placés en détention. garde à vue (garde à vue), procédure destinée à garantir que l’enquête démarre sur de bonnes bases judiciaires.

Une fois l’enquête terminée, les magistrats instructeurs consultent un procureur pour déterminer si d’autres poursuites judiciaires doivent être engagées.

Les policiers et gendarmes français sont depuis longtemps systématiquement armés et l’utilisation d’armes à feu est souvent une source de controverse politique.

Règles sur l’usage des armes par la police en France

Lorsque la gendarmerie a été transférée du contrôle opérationnel et budgétaire du ministère de la Défense au ministère de l’Intérieur en 2009, des règles différentes régissant l’usage des armes à feu par les deux forces sont devenues une source de tensions.

Les policiers n’étaient autorisés à utiliser leurs armes qu’en cas de légitime défense, c’est-à-dire lorsqu’ils étaient directement menacés.

Les gendarmes opéraient avec des pouvoirs plus larges, leur permettant d’utiliser des armes à feu non seulement pour se défendre, mais aussi pour protéger d’autres personnes confrontées à une menace immédiate.

Ils étaient également autorisés à recourir à la force meurtrière pour défendre un périmètre de sécurité désigné contre une attaque, à condition que des coups de semonce aient été tirés au préalable, et contre des véhicules en mouvement considérés comme représentant une menace pour la vie.

En 2017, les règles ont été révisées pour placer les policiers et les gendarmes sur le même pied juridique, étendant ainsi aux policiers les pouvoirs plus larges dont disposait auparavant la gendarmerie.

Depuis lors, un certain nombre de fusillades controversées ont attiré l’attention du public, l’incident impliquant M. Merzouk étant devenu le plus marquant.

Une autre affaire récente concerne la fusillade mortelle d’Alhoussein Camara, 19 ans, par un policier dans le quartier Saint-Yrieix à Angoulême aux premières heures du 14 juin 2023.

M. Camara a reçu une balle dans le dos au feu rouge alors qu’il se rendait seul à un service matinal dans un entrepôt de supermarché.

Le policier a déclaré que M. Camara avait tenté de s’éloigner en passant un feu rouge alors qu’il s’approchait du véhicule pour effectuer un contrôle d’identité.

L’incident n’a été enregistré par aucun membre du public, tandis que la police a déclaré que la caméra portée sur le corps du policier n’avait pas réussi à enregistrer parce que sa batterie était déchargée.

Il s’agissait du premier jour de retour au travail du policier après avoir été blessé lors d’un incident antérieur impliquant un conducteur qui ne s’était pas arrêté lorsqu’on lui avait demandé de s’arrêter. L’affaire reste sous enquête.

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