Le film qui montre le pouls entre la création artistique et la bureaucratie d'État

Le film qui montre le pouls entre la création artistique et la bureaucratie d’État

Ce film formaliste de Stéphane Demoustier est une reconstitution du combat de l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen avec l’État français pour un bâtiment : l’arc malheureux de la défense de Paris.

Dans l’un des meilleurs exemplaires d’Astérix, Astérix et Cléopâtrenous rencontrons l’architecte égyptien Numerobis. Expert en construction de pyramides, l’ordre gréco-romain classique s’avère toujours de travers grâce à l’ingéniosité malveillante de Goscinny. Misérable par un collaborateur malveillant, Paletabis, à la fin de la bande dessinée, il est recouvert d’or grâce à ses efforts acharnés pour terminer une œuvre dans les délais.



Il y a quelque chose du conflit de ce classique »bande dessinée» dans ce formaliste et biographique L’architectequi raconte les vicissitudes du projet pharaonique de Mitterrand pour le quartier de défense. Son arc néo-moderniste, œuvre du danois Otto von Spreckelsen, a été un casse-tête pour le parti social-démocrate puisque son plan initial a déraillé à la fois par une vision colossale et des budgets qui allaient désormais faire tomber même le sultan de Brunei lui-même.

Les changements de gouvernement, les vicissitudes politiques font de cette histoire une approche parfaite pour les récits de l’artiste contre le monde. Appareil à succès au cinéma, que ce soit auprès de peintres comme Tourment et extase et même avec « non-conformiste de fortune disparate telle qu’en Tucker : un homme et son rêveles expériences de von Spreckelsen contre les bureaucrates français ne sont qu’un argument qui cherche un réalisateur depuis des années.

Il s’agissait du Français Stéphane Demoustier, connu pour le drame procédural La fille au braceletqui réutilise une grande partie de cette mécanique kafkaïenne de l’État contre l’individu dans ce film glacial et efficace. L’architecte. Dans un style hiératique, qui semble suivre la vision esthétique de l’artiste danois, il s’agit d’un film de professionnels qui discutent avec véhémence de l’idée et tentent de l’adapter à une réalité possible.

Les films sur les architectes, en revanche, ont toujours été un hymne aux inégalités depuis le célèbre roman d’Ayn Rand Le printemps: l’homme de génie se présente ainsi, toutes retranscriptions du Randtian Howard Roark, face à une médiocrité prosaïque qui empêche sa vision. Films furieusement libéraux, Otto von Spreckelsen est ici un Prométhée enchaîné à la bureaucratie française délirante qui l’empêche de faire fusionner son arc cubique avec le ciel parisien.

En effet, tout suit le plan résumé dans cette citation du futuriste Marinetti : « la splendeur géométrique et mécanique et la sensibilité numérique« Véritable quadrature du cercle, tout le monde dans le film – y compris sa femme – conspire en coupant chacun des plans originaux. Ils achètent du marbre à bas prix, modifient le projet initial et les changements idéologiques imprévisibles dans l’hexagone compromettent leur budget.

Des malheurs continus dans une histoire où Demoustier filme Otto von Spreckelsen écrasé par l’asymétrie du pouvoir autant qu’il le filme n’étant qu’une fourmi en longs, très longs plans, en œuvres interminables avec des ouvriers voyous. Ironie du sort, à l’image de la forme du cube prévue par l’architecte, le film est tourné aux trois quarts contrairement au cinéma panoramique courant aujourd’hui.

Un film avec d’excellents acteurs, du personnage principal (Claes Bang) aux seconds rôles (Swann Arlaud et Xavier Dolan), c’est un exercice moral sur la façon dont une obsession peut mettre fin à une vie. Les implications politiques, en revanche, rendront difficile de juger impartialement un film où les méchants ne seraient pas les pauvres bureaucrates qui ont renoncé à leur rêve, ni même ce Danois rustique obsédé par la ligne droite.

L’ennemi juré de toute création libre, le hiérophante des mauvaises nouvelles et des demi-vérités, c’est ce François Mitterrand en sphinx presque silencieux («Je suis responsable perspective à Paris« , déclare-t-il fièrement) qui fait office de Louis





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