La séance photo de princesse ne garantit pas à l’extrême droite française une fin de conte de fées
Commentaire
La chroniqueuse Nabila Ramdani s’interroge sur le cynisme des spécialistes d’images
Si vous êtes un aspirant politicien et que vous souhaitez attirer l’attention sur vous-même, quoi de mieux que de poser maladroitement sur une île de vacances méditerranéenne avec un aristocrate glamour aux multiples noms extravagants.
La tactique a certainement fonctionné pour Jordan Bardella, le jeune espoir télégénique de l’extrême droite française.
Les photos du président du Rassemblement National (RN), âgé de 30 ans, et de la princesse Maria Carolina de Bourbon-Deux-Siciles, duchesse de Calabre et de Palerme, 22 ans – appelons-la simplement « duchesse » – ont fait le tour du monde, après être apparues pour la première fois en exclusivité sur la couverture de Paris Match, le papier glacé des célébrités.
M. Bardella et la duchesse étaient tous deux vêtus de bleu assorti alors qu’ils défilaient avec raideur le long de la côte rocheuse de la Corse sous le titre potentiellement ironique : « La romance à laquelle personne ne s’attendait ».
Ils gardaient leurs lunettes de soleil et il n’y avait aucune trace de passion, mais d’autres photographies à l’intérieur montraient des mains occasionnelles.
Mise en place organisée
En fait, il n’y avait rien de surprenant dans ces images absurdement effrayantes. Il s’agit d’un coup monté organisé par le parti politique de M. Bardella, car l’éternel célibataire a besoin d’une dame à ses côtés s’il veut avoir une chance de devenir chef de l’État français.
Il est actuellement l’un des favoris pour remplacer Emmanuel Macron à la présidence dans un an. L’Opération Normal Guy bat donc son plein, avec la duchesse – qui cite « influenceuse des médias sociaux » parmi ses titres de poste – un complice volontaire.
Cela montre non seulement à quel point la France reste socialement conservatrice, mais aussi à quel point ses doreurs d’image politiques sont cyniques.
Ayant rencontré M. Bardella à plusieurs reprises, je peux témoigner que – au-delà de certaines de ses proclamations les plus sulfureuses – il est essentiellement timide.
Il n’est en aucun cas un personnage fort, mais est au contraire aussi fade et sans originalité que sa politique économique terriblement simpliste.
Être obligé de mettre en scène ces photos pour les paparazzi corses – les sources du parti ont évoqué tous les détails atroces – a dû être une véritable agonie pour lui.
Le tour chorégraphié de M. Bardella avec la duchesse était tout droit sorti du manuel des studios hollywoodiens des années 1950, lorsque des idoles masculines peu machistes devaient apparaître avec des femmes obligeantes à leurs côtés pour satisfaire leurs fans adorateurs.
Les films à succès consistaient avant tout à créer des illusions, à la fois devant et hors caméra.
Jouer au jeu
Jusqu’à présent, tous les présidents français ont été encouragés à jouer le jeu. M. Macron exhibe fièrement sa première dame septuagénaire, Brigitte Macron, chaque fois qu’il le peut, tandis que son prédécesseur à l’Elysée, François Hollande, a trompé un de ses amants – le correspondant politique de Paris-Matchrien de moins – avant de la remplacer par une actrice.
Au-delà d’essayer d’imiter un tel comportement – quoique avec beaucoup plus de décorum – M. Bardella doit sûrement être gêné que sa nouvelle « petite amie officielle » soit totalement inappropriée pour un xénophobe d’extrême droite.
Le nom de la duchesse est un indice important du fait qu’elle ne pourrait pas être plus italienne.
Pire encore, elle fait partie des célébrités paneuropéennes qui passent la plupart de leur temps à exhiber leur extrême richesse dans les hauts lieux des riches et des célébrités, comme Monte Carlo.
Oui, M. Bardella est lui-même d’origine italienne, mais il fait grand cas du fait d’être né et d’avoir grandi dans un quartier difficile de la banlieue nord de Paris.
Il est censé plaire à la classe ouvrière française qui aspire à ses aspirations, et non aux mondains qui se prennent littéralement pour des membres de la royauté, même s’ils vivent dans des républiques.
Fréquenter une duchesse était une mauvaise décision de la part de M. Bardella, qui – comme n’importe qui d’autre dans le monde – devrait être autorisé à continuer comme un fier célibataire, sans que sa vie personnelle n’ait rien à voir avec sa carrière politique.
