Comment le changement climatique affecte-t-il les vins français ?

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Les vagues de chaleur, la sécheresse, la grêle et la fumée des incendies de forêt remodèlent le vin en 2026, affectant la qualité des raisins, les dates de récolte, les rendements et la saveur.

Juillet 2026 : les pompiers de Gironde luttent contre les incendies de forêt dans un contexte de sécheresse suite à une vague de chaleur et à des pénuries d’eau.

J’ai écrit par le passé sur le changement climatique et viticulturemais 2026 est l’année où les chaînes d’information semblent en parler tous les jours. Nous avons eu des incendies dans le Languedoc, dans le Roussillon et surtout à Bordeaux. Nous avons connu des vagues de chaleur, avec des températures diurnes atteignant 40°C et ne descendant pas en dessous de 24°C la nuit.

Presque toutes les régions viticoles ont commencé leurs vendanges plus tôt que jamais. Certains dès juillet. Traditionnellement, les vendanges en France avaient lieu en septembre et octobre.

Le changement climatique se traduit par des vagues de chaleur plus chaudes et plus longues, une humidité accrue au milieu de l’été, des tempêtes plus intenses, de fortes pluies prolongées entraînant des inondations et de longues périodes de très peu de pluie conduisant à des conditions de sécheresse. Ce sont les extrêmes et la durée des périodes anormales qui posent problème à l’agriculture.

Les plantes se portent généralement mieux lorsque les saisons changent régulièrement. Ils ne supportent pas bien les conditions variables et les extrêmes. Les agriculteurs ne peuvent pas faire grand-chose pour atténuer l’impact d’un climat en évolution rapide. Vignerons Le Languedoc-Roussillon souffre de sécheresse depuis 2021. Cette année, nous nous sommes réjouis de voir de fortes pluies remplir la nappe phréatique pendant l’hiver, mais depuis fin mai, les températures sont plus élevées que les années précédentes et les pluies estivales prévues ne se sont pas concrétisées. Des histoires similaires se sont répétées dans toutes les régions viticoles. Quelles sont les conséquences pour le vin dans ces conditions extrêmes ?

La sécheresse amène les vignes à produire moins de raisins et des raisins plus petits. Cela peut également les empêcher de mûrir, car ils ralentissent la photosynthèse pour retenir l’eau, ce qui rend difficile la prévision du moment de la récolte. Les raisins ne mûrissent pas une fois cueillis, contrairement aux autres fruits, il est donc très important d’obtenir la bonne date de récolte. Si les vignes produisent de meilleurs vins lorsque leur accès à l’eau est restreint, une sécheresse extrême et prolongée réduira la qualité ainsi que la quantité et finira par tuer les vignes, même les plus anciennes. Les fortes tempêtes, notamment la grêle, peuvent endommager les raisins. En cas de grêle à l’approche des vendanges, le millésime peut être gâché. Même pendant la saison de croissance, ils peuvent conduire à des sols gorgés d’eau, à une croissance excessive des pousses et rendre difficile la conduite des tracteurs dans les rangs.

Les vagues de chaleur successives et les températures élevées tout au long de la saison de croissance entraîneront, en l’absence de sécheresse, une maturation plus rapide des raisins. La maturation est une combinaison d’augmentation de la teneur en sucre, de diminution de l’acidité et de développement de la saveur. Avec les raisins noirs pour le vin rouge, la maturation des tanins des pellicules et des pépins est très importante pour la texture, l’arôme et la longévité du vin. C’est ce qu’on appelle la maturité phénolique.

Les vins rouges traditionnels, notamment ceux capables de s’améliorer avec le temps, sont produits en trempant les peaux pendant et après la fermentation pendant des semaines. Les raisins qui manquent de maturité phénolique produiront des saveurs astringentes dans le vin s’ils sont trempés de la manière habituelle. Les vignerons peuvent choisir de retirer les peaux plus tôt, en pressant le vin rouge après quelques jours seulement, pour éviter cela et faire un vin rouge plus léger, semblable à un rosé fortement coloré.

Alternativement, ils peuvent ajouter une gamme d’agents de clarification qui peuvent réduire les tanins astringents et amers. La gélatine est l’agent de clarification le plus courant, mais la caséine (provenant du lait), le blanc d’œuf, l’ichtyocolle et plusieurs poudres de protéines végétales sont également utilisées. Mais ils peuvent dépouiller la saveur et le corps.

Lorsque les raisins mûrissent plus rapidement en raison de températures plus élevées, ils gagnent du sucre avant de développer leur saveur et atteignent les niveaux normaux d’acide sucre sans atteindre la maturité phénolique. Le vigneron est confronté au choix entre une cueillette précoce et des tanins et des arômes non mûrs, ou une cueillette à l’heure normale et une augmentation du taux de sucre (et donc d’alcool) et un manque d’acidité, avec une structure plus lourde et flasque. Une maturation longue et lente produit les meilleurs vins.

Vignobles secs de Tautavel

Les incendies près de Bordeaux ont soulevé la question de savoir si la fumée affecterait le goût. L’odeur de fumée est un problème complexe. Les raisins ne doivent pas avoir un goût de fumée et le jus en fermentation ne doit pas présenter de signes d’altération. Mais les produits chimiques phénoliques contenus dans la fumée de bois peuvent se combiner aux sucres présents dans les raisins dans un processus appelé glycosylation pour produire des molécules qui se transforment pendant et après la fermentation pour développer des arômes de fumée, de cendre ou de bois brûlé plusieurs mois plus tard. Ce processus de glycosylation peut avoir lieu plusieurs semaines avant la récolte. Autant que je sache, il n’existe aucune méthode pour éliminer l’odeur de fumée du vin une fois qu’elle est présente.

Les laboratoires viticoles fournissent des services d’analyse pour tester les raisins pour ces produits chimiques, alertant vignerons au niveau de risque. Cela permet à un producteur d’éliminer les raisins de la récolte ou de garder ces vins séparés pour voir si une odeur se développe. Il s’agit d’un exercice d’équilibre qui dépend de la valeur que le domaine accorde à sa réputation en éliminant le risque de corruption ou en produisant suffisamment de vin pour répondre à la demande ou équilibrer ses comptes. L’analyse n’est pas gratuite et prend du temps. Les domaines de moindre qualité peuvent décider de ne pas s’en soucier.

On pourrait supposer que le sommet châteaux ne prendrait pas le risque. Ils peuvent décider d’encaisser le coup et tout simplement de ne pas récolter les parcelles concernées, de produire un vin séparé des vignobles douteux et de voir comment cela se passe, ou de vendre ces raisins à des producteurs moins axés sur la qualité et négociants.

En revanche, un domaine sans grande réputation sera confronté au risque à prendre en récoltant et en combinant des raisins susceptibles d’altérer le vin plutôt qu’en produisant moins de vin et donc en réduisant ses revenus ou en perdant des contrats, qui dépendent de certains volumes.

Même si Bordeaux est célèbre pour ses sommets châteauxcomme Mouton-Rothschild, Lafite et Margaux, la grande majorité des consommateurs boivent des vins de Bordeaux à moins de 5 € et issus soit de domaines peu connus, soit d’assemblages par négociants à partir de raisins et de vins de nombreux producteurs. Je ne peux qu’espérer que ces consommateurs apprécieront un peu le caractère fumé ou le goût du bois carbonisé.

Les effets du changement climatique ne signifient pas nécessairement que les vins produits dans ces régions seront moins bons. Vignerons et les viticulteurs disposent d’outils et de choix à faire pour atténuer les effets. Cependant, seuls les producteurs suffisamment axés sur la qualité et disposant de suffisamment de ressources financières pour faire des sacrifices pourront éviter les impacts négatifs.

Les consommateurs doivent être plus soucieux de leur réputation lorsqu’ils achètent dans les régions concernées. Ils ne peuvent pas supposer que les vins à bas prix seront du niveau habituel, et ils ne devraient pas non plus radier un millésime d’un producteur réputé. Ce à quoi on ne peut pas s’attendre, c’est que les vins d’une telle année auront les caractéristiques d’un millésime normal.

Jonathan Hesford est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en viticulture et œnologie de l’Université Lincoln, en Nouvelle-Zélande et est propriétaire, vigneron et vigneron de
Domaine Tréloar dans le Roussillon.
Si vous avez des questions sur cette chronique vin, envoyez un email à info@domainetreloar.com

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