Des pylônes menacent la réserve naturelle de Camargue dans le sud de la France

15 groupes environnementaux lancent un appel au président Macron

La Camargue est le seul site de nidification des flamants roses en France

Les projets d’infrastructures industrielles menacent l’une des plus anciennes réserves naturelles du sud de la France et doivent être révisés, ont demandé 15 groupes environnementaux dans un appel commun au président Emmanuel Macron.

Le Parc naturel régional de Camargue est un milieu humide protégé et Unique site de nidification des flamants roses en France, son célèbre emblème. Il s’agit également d’un important corridor de migration, avec environ 70 à 90 millions d’oiseaux qui le traversent chaque printemps et jusqu’à 120 millions en automne.

L’appel environnemental est intervenu quelques semaines seulement après que le ministère de l’Energie a lancé un processus d’examen d’une déclaration d’utilité publique pour une ligne électrique à haute tension controversée de 65 km et 400 kV, qui pourrait traverser une partie de la réserve.

Les planificateurs gouvernementaux affirment que les nouvelles lignes électriques sont essentielles pour le développement futur de la raffinerie pétrolière et de la zone industrielle de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), près de Marseille. Ils affirment que le projet permettra de passer de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles à l’énergie nucléaire à faible émission de carbone une fois que la ligne sera opérationnelle.

Les groupes environnementaux notent que les lignes électriques sont une cause connue de décès chez les grands échassiers, y compris les espèces présentes en Camargue.

Le projet s’inscrit dans la stratégie plus large de la France visant à électrifier l’économie, dans le but de réduire les émissions de CO2 émissions tout en maintenant la croissance économique.

Peu avant le lancement de l’appel commun, le président Macron avait déclaré qu’il souhaitait que le projet soit achevé d’ici 2029.

Le projet consisterait en la construction de 180 grands pylônes, allant de 50 à 90 mètres de hauteur, s’étendant entre une importante sous-station électrique de Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et la raffinerie de Fos-sur-Mer. Le projet devrait coûter 300 millions d’euros aux contribuables.

Il n’y a pas eu de réponse immédiate de la part du président Macron à cet appel.

Opposition

Si le projet est déclaré d’intérêt public, des procédures d’expropriation pourraient suivre.

Toute initiative visant à forcer l’acquisition de terres risque d’enflammer davantage l’opposition d’une coalition d’agriculteurs, de groupes environnementaux, d’élus et d’agences de développement économique locales qui a émergé après le dévoilement du tracé des pylônes.

« La date de 2029 semble très proche, compte tenu du niveau d’opposition locale », estime Jean Jalbert, directeur de l’institut de recherche Tour du Valat en Camargue, qui étudie les milieux humides.

Un pylône RTE en Charente Maritime, similaire à ceux proposés pour la Camargue

Les organisations environnementales à l’origine de cet appel ont été coordonnées par la branche française de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

« Nous voulons montrer au gouvernement et au public que des alternatives existent et qu’il n’est pas nécessaire de se lancer dans ce projet qui causera de graves dommages à une zone particulière et dont toutes les consultations démocratiques avec les populations locales ont montré qu’elles ne voulaient pas », a déclaré Denis Berlemont, porte-parole de l’Association Ramsar France, un groupe œuvrant pour la préservation des zones humides.

Parmi les organisations internationales signataires de la lettre figuraient le WWF France et le MAB France, liés au programme biosphère de l’Unesco.

Parmi les signataires français figuraient plusieurs organismes consultatifs environnementaux du gouvernement, notamment France Nature Environnement, le réseau des Conservatoires d’espaces naturels et Réserves Naturelles de France.

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN), deux des plus anciennes organisations de conservation de France, ont également soutenu cet appel.

Les organisations affirment que les pylônes électriques ne sont qu’un des nombreux développements majeurs qui menacent la Camargue. Des inquiétudes ont également été soulevées concernant les projets de pipelines d’hydrogène, les projets de transport et les parcs éoliens offshore à proximité de la zone.

Lors de consultations publiques l’année dernière, des experts ont proposé des solutions alternatives pour augmenter la capacité électrique du site de Fos-sur-Mer, notamment l’installation d’un câble souterrain.

Ils ont fait valoir qu’une telle solution pourrait s’avérer plus rentable à long terme en raison de besoins de maintenance moindres.

Augmentation des coûts

La Commission nationale du débat public (CNDP), chargée d’examiner le projet, a recommandé des alternatives en 2025, mais ses propositions n’ont pas été adoptées par le ministère de l’énergie.

RTE, l’opérateur public du réseau électrique à haute tension français, affirme qu’enterrer partiellement la ligne sur un tronçon de 6 km pour éviter les zones les plus sensibles sur le plan environnemental augmenterait le coût de 300 millions d’euros à 460 millions d’euros et retarderait l’achèvement jusqu’en 2031.

La mise en souterrain de l’intégralité de la ligne porterait la facture à 3,6 milliards d’euros et reporterait la livraison à 2035.

En avril, RTE a annoncé les détails d’un prêt de 5 milliards d’euros de la Banque des Territoires, soutenu par l’État, pour l’aider à financer son programme d’investissement.

Une partie du financement du prêt provient de dépôts détenus sur des comptes d’épargne réglementés français, notamment le Livret A, le LDDS et le LEP.

Les projets du gouvernement pour Fos-sur-Mer incluent le développement de la zone en tant que pôle majeur d’énergie verte, centré sur une usine de production d’hydrogène qui nécessiterait de grandes quantités d’électricité.

Les ministres estiment que l’augmentation de la capacité électrique pourrait débloquer 20 milliards d’euros d’investissements et créer jusqu’à 10 000 emplois.

Cependant, l’un des projets phares proposés pour le site – une gigafactory de panneaux solaires – a été abandonné en mai après que l’entreprise française qui le soutenait n’a pas réussi à garantir les conditions nécessaires pour procéder à l’investissement.

Parallèlement, le sidérurgiste italien Marcegaglia a confirmé son intention de construire une nouvelle usine de production d’acier à faible teneur en carbone à Fos-sur-Mer, utilisant la technologie des fours à arc électrique plutôt que les hauts fourneaux traditionnels.

L’entreprise a souligné l’abondante électricité nucléaire produite en France comme un attrait du site.

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