Comment j’ai remis en question un mythe historique dans mon village français
Le livre de Nick Inman adopte une nouvelle perspective sur la « destruction » d’une armée huguenote
Il y a quelque temps, j’ai eu la brillante idée d’écrire une histoire de notre église abbatiale, d’abord en anglais puis, avec l’aide de deux amis, en français.
Tout s’est bien passé jusqu’à ce que j’en arrive à établir une chronologie. J’ai pu établir presque toutes les dates nécessaires sauf une.
Dans toutes les sources faisant autorité sur l’église de Larreule (Hautes-Pyrénées) il dit qu’un Huguenot armée (protestante française)dirigé par le redoutable comte de Montgomery, est descendu sur notre village pendant les guerres de religion au XVIe siècle.
Les soldats, nous dit-on, ont incendié notre église ainsi que 150 autres. Ils ont également commis des atrocités sans fin, les porcs païens.
Montgomery est connu dans l’histoire comme le Régicide pour avoir embroché Henri II lors d’une joute. Un personnage dans le Game of Thrones la saga s’inspire de lui.
Cet acte ignoble de barbarie, pensais-je, devait figurer sur ma chronologie. Pour l’inclure, il me suffisait de confirmer les faits ; en particulier, la date à laquelle l’incendie a eu lieu.
C’est ainsi qu’a commencé une exploration de tous les documents que j’ai pu trouver, sous forme imprimée et en ligne, même lorsqu’ils étaient rédigés avec une écriture ancienne et nécessitaient des heures de déchiffrement.
Des doutes sur l’histoire orthodoxe
La piste nous ramène à un livre auquel tous les historiens locaux se réfèrent, Les Huguenots en Bigorre (1884) de Charles Durier, diplômé de la prestigieuse Ecole des Chartes et archiviste de notre département, les Hautes-Pyrénées (anciennement Bigorre).
Il n’y a pas de sources plus respectables que cela, penserait-on.
Effectivement, il était là : notre village était mentionné à plusieurs reprises dans les archives de Durier sur les dégâts causés par Montgomery et ses Huguenots dans la première semaine de septembre 1569.
J’étais sur le point d’inscrire cette date dans mon timeline mais quelque chose a éveillé mes soupçons. Était-il possible de brûler autant d’églises en si peu de temps ?
En outre, il n’y avait aucune trace dans l’église d’un bâtiment détruit par un incendie et reconstruit. Elle conserve la plupart de ses éléments romans même si elle a bénéficié d’un lifting au XIXe siècle.
En approfondissant la question, j’ai découvert qu’il existait de bonnes archives sur le passage de Montgomery à travers la Bigorre. Je pouvais tracer son itinéraire sur une carte et indiquer exactement où il se trouvait à un moment donné.
Les preuves ont conduit à une conclusion surprenante. Le Huguenot l’armée n’est jamais venue dans notre village ; cela n’aurait pas pu le faire.
Il n’avait pas le temps entre les marches des sièges et les batailles. C’était une impossibilité, même si tous les historiens locaux insistent sur le fait que c’était le cas.
Propagande catholique
À ce stade, je suis revenu à Les Huguenots en Bigorreet lisez-le plus attentivement. J’ai réalisé qu’il ne s’agissait pas du tout d’une œuvre historique mais d’un récit de propagande catholique.
Il était basé sur des « preuves » préconçues du XVIe siècle et écrit, comme toute histoire, pour un public de contemporains de Durier.

Dans les années 1880, la menace contre la civilisation française ne venait pas du protestantisme mais de la laïcisation de la politique éducative de la Troisième République. L’histoire était utilisée pour calomnier ceux qui voulaient séparer l’Église de l’État.
Que pourrais-je faire d’autre que de compiler mes découvertes dans un livre qui Je savais que j’allais remettre en question les bourses établies.
Je l’ai écrit en anglais au départ mais mon public cible était les habitants francophones de la Bigorre moderne.
J’ai donc recruté ma femme Clara et trois très bons amis non seulement pour le traduire, mais aussi pour éliminer la gaufre et m’assurer qu’il se lit bien en français. Seul le titre est resté le même : Sainte Fumée !
Nous avons organisé un lancement de livre dans notre café communal local avec deux amis, Arielle et Joel, lisant une version animée du premier chapitre, et une autre amie, Gwen, qui est galloise, jouant de la harpe celtique. L’instrument semblait en quelque sorte évoquer la période à laquelle nous parlions.
Après leur représentation, je me suis levé devant 50 personnes et j’ai expliqué pourquoi et comment j’avais écrit le livre. J’ai répondu à des questions et un débat animé sur l’authenticité de l’histoire s’est ensuivi.

Ma prochaine étape consiste à remettre le livre entre les mains des historiens dont je conteste le travail pour voir s’ils peuvent trouver des failles dans mon argument.
Vous pensez peut-être que tout cela est une querelle plutôt paroissiale sans implications pour le présent mais, comme je l’explique dans la deuxième partie du livre, la « grande histoire » est constituée de fragments locaux.
En rectifiant les faits concernant l’abbaye de Larreule en 1569, je réécris effectivement l’histoire de France.
Les idées fausses – la « fausse histoire » – sont souvent utilisées pour propager des informations erronées dans le présent et justifier certaines positions politiques peu recommandables.
Il faut toujours se poser des questions sur ce qu’on nous dit. Chaque fois que j’entends quelqu’un dire « tout le monde dit que x est vrai », je ne peux m’empêcher de demander : « Etes-vous sûr qu’ils ont raison ? Avez-vous vérifié les faits par vous-même ? »
Holy Smoke : Briser le mythe de l’invasion huguenote en Bigorre. (20 € + p&p) est disponible dans les librairies sélectionnées des Hautes-Pyrénées ou directement auprès de l’auteur via info@nickinman.com.
