Des médecins français mettent en garde contre le risque de pollution de l’eau du robinet

L’alerte fait suite aux préoccupations persistantes concernant la contamination au cadmium

L’organisme Santé publique France estime que près d’un adulte sur deux en France présente des taux de cadmium supérieurs au seuil recommandé.

Les médecins ont exhorté le gouvernement à renforcer les contrôles sur l’eau du robinet et à promouvoir un plus grand recours à l’agriculture biologique, avertissant que la population pourrait être confrontée à toute une série de problèmes de santé si des mesures n’étaient pas prises.

L’avis de la Conférence Nationale des URPS Médecins Libéraux fait suite à des recherches sur l’eau du robinet, qui ont révélé « des problèmes massifs trop souvent minimisés » par les autorités. Il décrit la pollution comme une « menace systémique pour la santé publique ».

Il suit inquiétudes persistantes concernant le cadmium – un métal toxique lié à de nombreuses maladies et présent dans les engrais minéraux phosphatés importés utilisés dans la culture des céréales, des pommes de terre et des légumes.

L’organisme Santé publique France estime que près d’un adulte sur deux en France présente des taux de cadmium supérieurs au seuil recommandé.

« Après le cadmium, il y a l’eau potable », explique le Dr Pascal Mayveart, coordinateur de la commission de santé publique du CNURPS-ML, l’un des plus grands syndicats de médecins de France.

« Ce sont les deux faces d’un même problème : la pollution chimique silencieuse de l’environnement qui se produit chaque jour.

« En tant que médecins, nous ne pouvons pas rester silencieux et simplement regarder ce qui se passe ; nous devons nous exprimer. »

Les recherches menées par le groupe de travail ont révélé que 87 % du réseau d’eau potable respectait les limites de pollution au cours de l’année à ce jour.

Toutefois, ce chiffre global masque le fait qu’environ 19 millions de personnes en France, environ 30 % de la population buvait de l’eau qui ne répondait pas aux normes requises en 2024année la plus récente pour laquelle des données détaillées sont disponibles.

Lorsque les tests effectués sur un forage ou une rivière indiquent des raisons de s’inquiéter, les fournisseurs d’eau diluent généralement l’approvisionnement concerné avec de l’eau propre pour garantir que les niveaux de pollution sont conformes aux normes réglementaires. Cependant, organiser ce processus peut prendre du temps.

Les médecins ont identifié trois formes de pollution comme étant particulièrement préoccupantes : les produits chimiques PFAS, qui sont fabriqués par l’homme et ne se décomposent pas naturellement ; les résidus de pesticides issus de l’agriculture ; et les microplastiques.

Concernant les produits chimiques PFAS, ils ont déclaré que la France teste actuellement l’eau potable pour seulement 20 substances, malgré des estimations suggérant qu’il pourrait y avoir entre 4 000 et 15 000 composés différents au sein de la famille des PFAS.

La pollution par les pesticides a été évaluée via des tests au niveau des sources d’eau, qui en France sont généralement des rivières et des forages. Les résultats ont montré que 14 millions de personnes ont été exposées à des concentrations supérieures aux niveaux maximaux recommandés en 2024.

Des études sur l’eau potable ont également révélé que les microplastiques sont répandus dans l’ensemble de l’approvisionnement en eau, avec une moyenne estimée à 413 particules par litre d’eau du robinet.

Les médecins ont déclaré que les trois polluants sont associés à une série de risques pour la santé, notamment des troubles hormonaux, des maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson et un système immunitaire affaibli.

Une législation plus stricte est nécessaire

Ces substances ont également été associées à des maladies cardiovasculaires, à certains cancers et à des problèmes de fertilité.

Ils réclament une nouvelle législation pour renforcer les contrôles de la qualité de l’eau, élargir la gamme de polluants régulièrement surveillés et améliorer les systèmes de filtration dans les usines de traitement de l’eau.

Plus largement, les médecins exhortent le gouvernement à adopter des réglementations plus strictes sur les produits chimiques PFAS et l’utilisation des plastiques.

Le rapport appelle également à un plus grand soutien à l’agriculture biologique, arguant qu’elle devrait être encouragée à la place des méthodes agricoles intensives qui dépendent fortement des produits chimiques de synthèse.

« En termes de qualité de l’eau, nous n’avons pas besoin de nouvelles études sans fin », a déclaré le Dr Mayveart. « Le moment est venu de mettre en œuvre des solutions pratiques. »

Le ministère de la Santé n’a pas répondu à l’appel de la CNURPS-ML, ni aux sollicitations de La connexion pour un commentaire.

Le gouvernement s’est engagé à réduire les niveaux de cadmium dans les engrais utilisés par les agriculteurs français à partir de 2027, avec pour objectif de limiter les concentrations à 20 mg/kg d’engrais d’ici 2037. Les niveaux actuellement autorisés en France s’élèvent à 90 mg/kg, au-dessus du seuil maximum recommandé par l’Union européenne de 60 mg/kg.

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