L’Espagne maintient dans son Code civil les obligations du mariage que la France a abrogées pour justifier le viol
L’affaire Pelicot a provoqué une révolution dans la perspective de la violence de genre au niveau mondial et les premières graines plantées sous la devise « la honte doit changer de camp » semblent commencer à germer. La France a approuvé une loi visant à supprimer le « devoir conjugal » de son Code civil, une idée que son homologue espagnol retient.
Des organisations féministes françaises ont dénoncé le recours au « devoir conjugal » pour obvier au consentement sexuel au sein du mariage. Selon le Code civil français, cette loi prévoyait quatre devoirs liés au mariage : fidélité, soutien, assistance et coexistence ; bien qu’il ne mentionne pas explicitement une obligation charnelle.
Malgré cela, des décisions antérieures montrent que certains juges ont interprété la cohabitation comme synonyme de « partager un lit ». Par exemple, en 2019, un homme a divorcé de sa femme, affirmant qu’elle avait cessé d’avoir des relations sexuelles avec lui. En 2025, la Cour européenne des droits de l’homme s’est prononcée en faveur des femmes. Selon l’organisme, refuser d’avoir des relations sexuelles avec son mari n’est pas une raison pour être jugé « coupable » en cas de divorce.
Le projet de loi a été adopté à l’unanimité mercredi à l’Assemblée nationale française et va désormais être soumis au Sénat.
Dans le cas espagnol, le Code civil contient également les articles 67 et 68, qui reprennent l’équivalent du « devoir conjugal » français.
Après tout, le Code civil français de 1804 a inspiré une bonne partie de ses homologues européens ultérieurs, comme la norme espagnole de 1889. L’article 215 du code napoléonien susmentionné établissait que « les époux sont mutuellement tenus à une communauté de vie », tandis que la norme espagnole approuvée sous le gouvernement Sagasta stipulait dans son article 56 que « les époux sont obligés de vivre ensemble, de rester fidèles et de s’entraider », ajoutant dans des articles ultérieurs que la femme devait « obéir à son mari ». « suivre son mari partout où il établit sa résidence » et que le mari était « le représentant de sa femme », devant l’autoriser à comparaître au tribunal, acheter ou vendre ses biens, entre autres.
Après des modifications successives de l’institution du mariage, la plupart apportées en 1975 et 1981, le Code civil espagnol indique actuellement que « les époux doivent se respecter, s’entraider et agir dans l’intérêt de la famille » (art. 67) et sont « obligés de vivre ensemble, de rester fidèles et de s’entraider » (art. 68), en net parallélisme avec les quatre devoirs de la réglementation du pays voisin.
La grande différence réside dans les garanties supplémentaires que le système juridique espagnol accorde aux femmes mariées. Déjà dans la Constitution de 1978, l’article 32 stipule que les conjoints des deux sexes « ont le droit de se marier en toute égalité juridique ». Cependant, pour rompre le lien conjugal, la réforme du Code civil de 1981 qui légalisait le divorce exigeait d’alléguer une cause parmi une liste qui comprenait la « violation grave ou répétée des devoirs conjugaux », ce que les juges interprétaient parfois comme le refus systématique d’entretenir des relations sexuelles.
La tendance a changé pour la première fois avec plusieurs arrêts de la Cour suprême dans les années 1990, qui ont rejeté l’idée précédente selon laquelle les relations sexuelles au sein du mariage étaient toujours consensuelles parce que le mariage impliquait un consentement préalable. Des années plus tard, la modification du Code civil lui-même en 2005, connue sous le nom de « Loi expresse sur le divorce », a mis fin à l’obligation de devoir faire valoir une cause pour dissoudre le mariage.
Ainsi, bien que la réglementation espagnole maintienne des concepts similaires à ceux qui ont été abrogés en France, la législation nationale a été beaucoup plus protectrice des droits des femmes, exigeant que les époux respectent la vie privée, l’honneur et l’intégrité de leur conjoint. Le non-respect de cette obligation implique la commission d’infractions pénales pouvant être qualifiées d’abus, de violences sur le partenaire, d’insultes ou de menaces, toutes punies de différentes sanctions dans le Code pénal.
